Adieu tristesse, bonjour tristesse…. suivi par « Comme avant » (Audio) et « Aussi ton prénom »…


Adieu tristesse

Bonjour tristesse

Tu es inscrite dans les lignes du plafond

Tu n’es pas tout à  fait la misère 

Car les lèvres  les plus pauvres te dénoncent 

Par un sourire

Paul Eluard

A peine défigurée, ce poème de Paul Eluard  et extrait de La vie immédiate, ne peut pas ne pas me rappeler  le tout premier roman de Françoise Sagan, « Bonjour tristesse »…

Sur ce sentiment inconnu dont l’envie, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le bon nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret,  plus rarement le remord.  Aujourd’hui quelque chose se replie sur moi comme une soie énervante  et douce et me sépare des autres.  

Françoise Sagan avait dix-sept ans lorsqu’elle a écrit ces lignes; comme moi qui  ne  les avais même pas encore ( je suis de novembre, on n’était qu’au début  de l’automne) quand je les ai lues pour la première fois.

Issue d’une famille bourgeoise et grande admiratrice  de Proust, Sagan, qui est née Quoirec le 21 juin 1935 à Carjac, prendra plus tard (pour la publication de « Bonjour tristesse », plus précisément) le pseudonyme de Sagan, emprunté à un personnage proustien, Hélie de Talleyrand Périgord, prince de Sagan.

Je ne savais bien sûr pas tout ça lors de ma première lecture de « Bonjour tristesse », et encore moins que bien des années plus tard, c’est elle, Sagan, qui deviendrait ma madeleine proustienne….

🎧

J’ai fait marrer la vie

Elle m’a fait douter souvent

J’ai prié le ciel gris au moins une fois par an

J’ai pas eu de petite fille

(….)

J’ai usé mes Joplin

J’ai flambé  comme une conne

J’ai brûlé trop de fines qui m’ont rendu aphone

🎼

Un appartement en duplex Airbnb avec la grande fenêtre du salon qui s’ouvre sur les toits de Paris… Un ciel vieux rose comme avant hier même heure à la Rochelle, juste un peu plus gris le ciel toujours et un peu plus sali par ici, où la lumière décline aujourd’hui un peu plus tôt qu’hier…

Alors que j’écoute Rose, j’aime à  imaginer cette douce heure  où le soir tisse sa toile  en silence comme une araignée tapie dans l’ombre de l’été enfui; ce bel été indien qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Pendant que je rêvais debout, mon café a refroidi dans la tasse. J’étais à deux doigts de tremper ma plume dans ces indicibles nostalgies d’automne. Infini bonheur d’être triste…

🎶 COMME AVANT 🎶

J’ai voulu me connaître un mardi par semaine

J’ai vu par ma fenêtre s’envoler tant de peines

J’ai sacrifié des envies

J’ai dormi à moité

Vécu à moitié endormie

J’ai appris à  respirer

J’ai pris un destin qui en renfermait cent

J’ai pleuré pour rien

Comme toujours

Comme avant

Comme avant

Comme avant

Comme avant 

Comme avant

🎵

C’est étrange comme dans l’intensité de mes souvenirs, les paroles de cette chanson de Rose font écho avec celle que j’étais avant. Moi aussi j’ai pleuré  pour rien. Et plus souvent qu’à mon tour. Même  que ça  m’arrive encore parfois. Mais ça c’est juste parce qu’on ne se refait pas

Nous sommes mardi, mais je crois que je commence quand même à bien me connaître. Ça  fait longtemps maintenant que je ne me la zouz’ plus. Il est loin déjà, l’été de mes (presque)  dix-sept ans quand j’ai lu  » Bonjour tristesse » allongée à plat ventre sur mon lit, les pattes en l’air, sans sortir de ma chambre tant que le livre ne fût pas fini.  On n’est pas sérieux à dix-sept ans, mais on lit, Hugo, Baudelaire, Rousseau, Louis-Ferdinand Céline et… Sagan. Et lire Sagan peut mener à  Paul Eluard, Proust et Jean-Paul Sartre. Pourquoi Jean-Paul Sartre ( « l’agité du bocal » comme l’appelait L-F C) ? Parce que Sagan a été très  profondément  marquée par l’oeuvre de Sartre  Elle en est restée si fortement imprégnée qu’on retrouve tous les accents sartriens dans son oeuvre à  elle

Sagan, une de mes plus marquantes rencontres en littérature. Et dans la vraie vie ( oui peut-être bien auss. Même si elle fût brève).

WHAT ELSE ?

 Je ne voudrais pas terminer ce billet sans avoir partagé avec vous un tout récent poème de notre nouvelle très-actuelle-déjà-célèbre-nouvelle-Françoise-Sagan, Cécile Coulon, romancière, nouvelliste et poétesse. Née en 1990, elle a écrit et publié son premier livre à seize ans,  » Voleur de vie », « Une bête au paradis » ( Prix 2019 du journal Le monde) étant son dixième après  « Trois saisons d’orage » ( Prix des Libraires 2017)   avec entre temps, « Les Ronces », recueil de poésie ( Prix Apolinaire 2018).

ET AUSSI TON PRÉNOM

Je devrais parler du soleil qui flottait sur la ligne d’horizon
comme un ballon crevé sous le panier de basket
fixé sur le mur dans l’arrière-cour
de notre première maison,

je devrais parler de cette façon que nous avions
de débarrasser la table d’un seul geste :
empilant les assiettes, puis dessus les couverts
et dans l’autre main les verres de vin,
tout cela dans l’évier. La vaisselle mon amour
nous la faisions le lendemain matin.

Je devrais parler des soirs où nous voulions
baiser comme baisent les amoureux après
une longue séparation ; seulement le voyage
m’avait fatiguée, le train était plein et le ciel
bas sur la ferraille. J’avais envie de toi mais
plus encore de dormir et je tombais assoupie
pleine de mon désir comme le train de voyageurs.

Je devrais parler de ce que dure, en réalité,
une heure, une pauvre petite heure quand
il s’agit d’attendre la personne qu’on aime
lorsqu’on ne sait pas si cette personne
va choisir de mener avec soi la vie qu’on mène.
C’est une petite heure de grand chagrin
que rien n’apaise. Je devrais parler de ce que dure
cette heure, plus profonde qu’un regard,
plus longue qu’un sapin.

Je devrais parler des raisons que j’ai données
pour ne participer qu’à la destruction
douce et progressive des valeurs acquises
pendant la petite enfance : je devrais parler
de ce que ce fut de grandir avec deux couleurs,
le noir et le vert. Il n’y avait pas d’autre saison,
nous connaissions les nuances, l’ombre
et la lumière, mais nous manquions, terriblement,
de patience.

Je devrais parler du chat qui n’était pas à nous
mais qui vivait avec nous. En l’écrivant
je comprends que nous cheminions de la sorte :
je n’étais pas à toi mais je vivais avec toi
et tu n’as pas fait la différence.
Je devrais parler du corps que l’on ferme
pour réparer le coeur.

Je devrais parler de tout cela mais il manque
la douceur, la musique, le premier verre
face à face sur la moquette du salon.
Mais il manque l’essentiel,
et aussi ton prénom.

Cécile Coulon

Coup de coeur

Une rose, un café et…. quelque chose qui n’est pas de ce monde


Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux. – René Char, Sept saisis par l’hiver ( In chants de la Balandrane, Gallimard 1977

🎼

Traversant tous les bruits du monde avec ma fleur â mes côtes 

Me nourrisant à chaque seconde de sa douceur et sa beauté 

J’ai croisé un ruisseau immonde qui a cru bon refléter

L’image d’un monstre aux plaies profondes

D’un guerrier triste et abîmé… 

🎧

Comment ma rose peux tu subir pareille offense à  ta splendeur

Et comment puis je réussir à  oublier qu’elle fut l’erreur

De t’arracher à  ton jardin à cause d’un vide dans mon coeur

Mais elle m’arrête  et puis m’embrasse

Ma rose rit et moi je pleure

Ma rose, ma rose, ma rose… 

🎶

Justement avant l’été,  j’ai découvert  à  Niort* une maison entourée d’un jardin rempli de roses de toutes les couleurs; celle de mes p »tits chatons, mes bouffées  d’amour…

😻

Aussi comment aurais-je pu commencer cette journée de rentrée, autrement qu’avec une rose, un café et…. quelque chose d’autre dont toi et moi, nous ne nous parlons plus depuis longtemps…

🌹

Hier après-midi je me suis fait couper les cheveux; je les ai fait couper super courts, comme je ne les ai jamais eus, pour qu’ils n’aient plus la couleur du blé, parce que celle que je suis aujourd’hui, n’est plus celle qui s’en est allée  au début  de l’été.

Et puis, hier soir, je me suis endormie sur le canapé  devant la télé; j’ai même loupé La Grande Librairie que je vais regarder tout à  l’heure en replay*, après t’avoir écrit le brouillard que j’ai devant les yeux, et qui ne demande qu’à  se transformer en pluie depuis que j’ai compris que, le bonheur, ce n’est pas la lune, le bonheur c’est de t’aimer de cet Amour-là, qui n’est peut-être  pas fait, en effet, pour le monde dans lequel on vit.

Et pourtant dans ce monde dans lequel on ne peut vivre sans armure*, une chose est sûre: en dépit du temps qui s’est écoulé et de nos erreurs de parcours, je t’aime purement et simplement. Encore et toujours.

SOlène

WHAT ELSE ?

Albert Camus, préface à l’édition américaine de la pièce « Le malentendu » (1957)

Ce monde tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément, mais qui ne soit pas de ce monde. – Albert Camus… 

 📖

Beau, très  très  beau week-end à  tous.  A bientôt  sur vos blogs. Et au plaisir de vous lire.

Coeurdialement

SOlène