Le coup de soleil…. Et un poème jeté là


La poésie, comme le soleil, met de l’or sur le fumier. Tant pis pour ceux qui ne le voit pas. – Gustave Flaubert* à Guy de Maupassant….

(En 1880, dans une lettre de soutien à ce dernier, face à la justice suite à  la publication de sa nouvelle en vers, Au bord de l’eau. Un non lieu sera prononcé au Tribunal d’Etampes devant lequel Guy de Maupassant comparaissait.)

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Alternant la langue de Shakespeare  et celle de Molière, Angèle reprend Eels et Richard Cocciante pour La Blogothèque  et ses mythiques  A Take Away Show, dans l’ambiance feutrée d’un café  du XXe, Le comptoir général.

C’est mélancolique et rempli de douceur; ça  fait du bien par les temps qui courent. Et c’est évidemment magnifique.

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POURQUOI JE RÉPÈTE LA MÊME CHOSE DEPUIS DES MOIS

Cet amour m’a traversée comme un oiseau éventre un gros nuage :
je t’aime au-delà des choses qu’on explique longuement
pour que les autres comprennent.
Un poème est jeté là, de temps en temps,
à la manière d’une bassine d’eau sur une plaque d’égout.
Un poème est jeté là car je t’aime pour
ton silence uni au mien :
nous ne sommes pas deux solitudes
côte à côte mais un seul silence formé dans
la pénombre, avec ce désir de n’être rien
qu’un grand corps à deux,
qu’un long navire qui fume de chaleur
dans l’obscurité des chambres closes et des lacs
sans baigneurs.

Cet amour m’a traversée comme la carotte troue le bonhomme de neige
pour lui offrir son nez :
je t’aime au-delà des évènements importants.
Au-delà même des enterrements. Avec toi,
j’ai écrit un poème d’anniversaire : et bien plus qu’un poème,
il était mon nouveau-né.
Décembre a planté son couteau dans le coeur
des gens célibataires :
ils cherchent la chaleur, ils prient que viennent à eux des
bras ouverts. Je les regarde faire : je pense à tes beaux
yeux et me niche à l’intérieur comme un chat
enroulé dans sa queue.

La vie passe : nous admirons le cortège,
la beauté des soldats,
la hauteur des chevaux.
Tout brille comme un premier jour
de guerre. Tu as si peur de t’effondrer :
ne crains rien de tout cela,
je ramasserai tous tes morceaux.
La vie passe et l’amour reste. Il pourrait fuir mais il
ne le fait pas.

Tu te demandes pourquoi j’écris je raconte je répète
la même chose depuis des mois :
je pourrais aimer quelqu’un d’autre
pourtant je n’aime que toi.

Cécile COULON

3/12/2019

« Un poème de nuit », dit-elle

WHAT ELSE ?

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« Tu te demandes pourquoi j’écris, je raconte, je répète 

La même chose depuis des mois:

Je pourrais aimer quelqu’un d’autre

Mais je n’aime que toi. »

COUP DE COEUR

Le cadeau des anges… Suivi par « Une longue route »


Photo à la une: en petite Sibérie suisse (fin de l’ hiver 2019)…. on the road again….

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Le silence est le cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir. –  Christian Bobin…. 

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The Sound of Silence Original Version from 1964….

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UNE LONGUE ROUTE

Je voudrais une longue route de sapins et de rivières
traversée par des sangliers bossus à la nuit tombée,
pas plus large qu’un camion qui transporte des chevaux
à la foire communale où ils seront vendus et montés.

Je voudrais cette longue route pour lier entre elles
tes maladresses et mes impatiences :
une route si longue et abîmée qu’on aurait le temps
de réfléchir à ce que l’on se dirait avant de se retrouver,
et bien sûr, avant de repartir.

Je voudrais que tu prennes cette route avant les premières neiges :
après les pentes attraperont le gel. Tu penses que le froid ne dure qu’un temps.
Mais tu sais, quand on écrit des livres et des poèmes,
un temps ça dure tout le temps.

Je voudrais une longue route de racines qui entrent et sortent de la terre
comme des tendons d’écorce et de mousse sous nos pieds :
nous enjamberons les muscles des grands arbres, nous passerons
entre leurs bras tendus. Je sais que tu aimes les arbres et la forêt,
les arbres et la forêt, eux, ne t’ont jamais déçue.

Je voudrais prendre cette route avant la dernière jeunesse :
après tes pentes s’immobiliseront. Je glisserai dessus comme la pluie
sur le dos d’une oie sauvage : tu ne me sentiras pas, tu seras déjà loin.
Je te le dis en baissant la tête, ce soir il y a vingt années de colère
qui se noient dans ma page.

Je voudrais cette longue route entre ton passé et le mien :
nous pourrions y croiser des voyageurs inconnus,
qui ont été dans ta vie ou chez moi.
Nous leur poserions des questions, ils répondraient
souvent : c’est fini mais dites-lui que je l’aime. Alors ils ouvriraient
la main et dedans, au milieu, nous verrions maintenant menotte ou la tienne.

Je voudrais une longue route de bords de lacs et de balles de foin,
les bornes indiqueraient combien de kilomètres entre ici et là-bas,
entre ta gêne et ma tristesse, entre ton sourire et ma fossette.
Je voudrais une route assez longue pour épuiser la vengeance.

On partirait des hautes terres, on arriverait à plat ventre dans le sable,
je voudrais réussir là où les fièvres se confondent,
je voudrais une route assez longue pour que nous puissions la faire
ensemble.

Cécile COULON

Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence. – Albert Camus, Le premier homme…

 Très peu présente sur la blogosphère en ce moment  ( encore moins sur Facebook) – déplacement oblige, je tenais néanmoins à partager avec vous ce tout dernier poème  de Cécile Coulon – coup de coeur ! qui m’offre l’occasion de vous souhaiter une excellente première semaine de décembre.

Je continuerai, bien sûr, à  passer sur les blogs amis, comme je le fais déjà: un peu chaque jour, chacun son tour.  Et à répondre aux derniers commentaires. J’ai pris du retard ce week-end,  mais dès demain matin, »à l’heure où blanchit la campagne », je m’y mets.

Merci de votre fidélité à mon blog. Prenez soin de vous, à bientôt.

Je vous embrasse.

SOlène

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