« L’ infini des sensations » ( y’a quelqu’un ?)…. Suivi par « Les bijoux »


Respirer, rêver, et allonger les heures par l’infini des sensations.  – Baudelaire…

Trois heures. La conversation avec Matt au téléphone a duré trois heures.

(…)

Bon, bref !  J’ai roulé… roulé sur la RN11 de la Rochelle jusqu’à la sortie à Mauzé sur le Mignon en direction du marais poitevin. Je me suis fait flashée au dessus de 110, mais je m’en fiche, car au moins je suis arrivée à temps pour réceptionner le deuxième appel de Matt, pile à l’instant où j’ouvrais la porte de la maison de Violette.

(…)

Et trois heures comme ça, le phone coincée entre l’oreille et l’épaule, j’ai écouté Matt, dans un premier temps en faisant les cent pas sans but dans le clair obscur de la pièce principale ; ensuite accroupie devant la cheminée, déplaçant le petit bois, puis tour à tour soufflant fort sur les braises pour attiser les flammes.

Oui, on a beau être dans les derniers jours de juin, j’ai allumé un feu parce que j’avais froid. Avec leurs murs de pierres épaisses les maisons du marais sont fraîches en été. Et celle de Violette restée  longtemps fermée, je la sentais remplie de cette humidité  qui me pénétrait des os jusqu’à la moelle.

Je surveillais donc le feu pour qu’il ne s’éteigne pas, quand j’ai reçu l’avertissement de mon portable : « batterie faible ». J’ai prévenu Matt :

-On va-t-être coupé, mon phone est déchargé.

(…)

Voilà, il n’était même pas neuf heures quand (…) Et presque  onze  heures moins le quart, lorsqu’on s’est quitté sur cette promesse de (…) Et maintenant, il n’est pas loin de quatorze heures ; je devrais sauter de joie avec la bombonne de 5 litres d’eau fraiche que j’ai trouvée dans le frigo de Violette. Mais non, même pas ! Parce que quelque part, je me sens triste. Pourtant dehors, la journée est belle (…) C’est juste que je ne sais pas ce qui me rend le plus triste, au fond : ne plus entendre la voix de Matt qui me manque déjà ? Ou parce qu’Aymeric n’a pas répondu à mon SMS d’hier ?

Quelques heures plus tard… 

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Y’A QUELQU’UN?

Mouais… bof! L’infini des sensations et moi, ça ne joue pas à tous les coups. C’est Louis-Ferdinand * qui disait  qu’il n’aimait pas la guerre, « parce que la guerre ça se passe à la campagne, et la campagne ça m’emmerde ». Ben moi, je dois être comme lui,Louis-Ferdinand *: quand je zone dans le coin, on dirait que j’ai beaucoup péché, tellement je baisse la tête avec un air contrit. Mon Dieu quelle misère !

Euh, misère = ennui, hein ? Chuis pas SDF et j’mange à ma faim tous les jours. Mais qu’on me dise pas, non plus, que chuis venue m’ennuyer jusqu’ ici par vice de snobisme. Moi, d’abord, j’ l’dis direct: je n’avais jamais entendu parler de ce bled du marais profond avant qu’ Violette vienne s’y installer.
Bon, j’te passe les chemins boueux qui ne vont nulle part, les maisons où les gens sont pas dedans, les champs détrempés qui ont des renvois d’flotte pas très propre, quand il a trop plu…
Pff, l’ennui, « cette maladie fiévreuse qui s’empare de nous dans les froides misères, cette nostalgie des pays qu’on ignore, cette angoisse de la curiosité »… C’est beau -je sais, ce que j’écris des fois. Sauf que c’est pas de moi, mais de Baudelaire, monsieur Charles Baudelaire, encore et toujours… D’ailleurs, c’est aussi ce dernier qui a dit que « la misère libère le génie », que « l’artiste doit souffrir pour créer »…. ça doit te donner une idée à quel point j’en bave.Que même si j’avais pas Alela Diane à écouter, je serais déjà morte d’ennui. Quand j’te dis qu’la voix de cette fille me transporte vers des contrées lointaines et sauvages. Et qu’c’est bon pour l’imaginaire.

SOlène – Extraits de « Bétail intime, journal d’une conne qui se soigne »*

(Oui encore un qui hiberne au bois dormant comme l’auteur de ses jours: Solènus Hibernatus)

WHAT ELSE?

Vous reprendrez bien un peu d’ennui avec vot’ kawa? Ou alors…

Musique !

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POST SCRIPTUM

À propos de Baudelaire, et 150 ans après sa disparition, une strophe inédite sera vendue aux enchères le 22/11 prochain chez Drouot à Paris.

Il s’agit d’une édition originale de Les Fleurs du mal comprenant une strophe manuscrite inédite du poème « Les bijoux » ajoutée de la main de Baudelaire.

« Et je fus plein alors de cette Vérité

Que le meilleur trésor que Dieu garde au Génie

Est de connaître à fond la terrestre Beauté

Pour en faire jaillir le Rythme et l’harmonie »

L’écriture a été authentifiée sur l’ouvrage offert par le poète à Gaston de Saint Valry, journaliste et critique littéraire (1828-1881). L’ouvrage est estimé entre 60000 et 80000 Euros.

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LES BIJOUX

La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Maures.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
A mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe !

Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre !

 Le 21 juin  1857 lors de la première édition des Fleurs du mal, le chef doeuvre choque; Très vite il est attaqué et Baudelaire sera l’objet  l’objet d’un procès pour « outrage à la morale publique ». Le poème « Les bijoux », jugé obscène, sera interdit.

 

Marais étrange (La légende dit… )… Suivi par « Air du Froid »


La légende dit que Gargantua – célèbre géant à l’appétit féroce – venait de La Rochelle quand il est allé  jusque dans le marais à grandes enjambées à  travers plaines d’Est en Ouest, en prenant appui sur les collines et les clochers. Mais la tourbe collante alourdissait ses sabots, et il devait s’arrêter souvent pour les décrotter, laissant derrière lui des monticules de terre à l’origine entre autres des buttes de sainte Macrine et de La Garette… Aussi, ces longues marches aiguisaient son appétit en même temps qu’elles l’assoiffaient à  un point qu’il en but les rivières avec les mariniers et leurs bateaux.

Et puis, un jour, épuisé, il s’assit sur le clocher de Notre Dame à Niort, un pied sur celui de Fontenay le Conte, l’autre sur celui de Luçon. Sa soif était telle qu’il engloutit alors toute l’eau de la Sèvre  et ses affluents, asséchant ainsi le marais jusqu’à la mer. Bien évidemment après ça, une envie pressante se fit très vite sentir. C’est là qu’il se soulagea dans les plaines occidentales de Niort, donnant ainsi naissance au marais mouillé.

Gargantua, ou la naissance du marais…

SOlène

( Une conteuse is born)

PS: une prochaine fois (si vous êtes sages), je vous raconterai la légende du Dragon de la rue Ricard.

WHAT ELSE

Arrêt  sur images…

 

 

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Il est des matins d’automne comme ça,  brumeux, où la nuit se dispute encore la place avec le jour qui tarde à  se lever. Et puis d’autres où, quand il beaucoup plu, la crue rencontre le brouillard….  Aussi je tenais absolument à te raconter le marais aujourd’hui sous ses grands airs mystérieux, lorsqu’il ne dévoile presque plus rien  de ses étranges  paysages qu’on dirait rattrapés par la mer….  le banc trempé sur lequel je n’irais pas m’asseoir, la pêche  matinale du héron cendré croisé au hasard d’une balade, tout ça….

Mais je fais court parce que mon café est en train de refroidir dans son mug. Et surtout j’écoute Air du froid  ( Purcell/ King Arthur) by Jakub Jozef Orlinski….

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Trop beau !

The Cold Song est un extrait de l’air de l’aria What Power Art Thou (acte 3) du semi opéra baroque  King  Arthur d’Henry Purcell. 

Coup de coeur

Quelques crêpes, un coup de cidre… un bon film empreint de poésie et de mystère, mais qui peut faire froid dans le dos, et donc,  à regarder bien au chaud sous la couette.

Dans « L’été glacé », le grand Bernard Giraudeau – acteur et écrivain – passe de l’autre côté de la caméra.  Né à La Rochelle, l’enfant du pays a placé l’intrigue de son film dans les paysages de son enfance: La Rochelle, le marais poitevin, les vasières survolées par les hérons cendrés, les eaux calmes  et la luminosité paisible de la Charente maritime.

BON DIMANCHE

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