Tous au paradis avec Cécile Coulon


( Photos page d’accueil: les Alpes, Switzerland 🇨🇭)

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De chaque côté  de la route étroite  qui serpente entre des champs d’un vert épais,  un vert d’orage et d’herbe, des fleurs, énormes, aux couleurs pâles,  aux tiges vacillantes, des fleurs poussent en toute saison. Elles bordent ce ruban de goudron jusqu’au chemin où un pieu de bois surmonté d’un écriteau  indique:

VOUS ÊTES  ARRIVÉS AU PARADIS

Hier soir, la couleur du ciel, et surtout l’idée de que j’allais retrouver Blanche, Émilienne, Louis et Gabriel m’ont rendu heureuse. Je me suis préparé  un grand mug de café, j’ai cherché Bruce Spingsteen sur YouTube et – musique en sourdine, direction le paradis !

Je vous y emmène ?

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Nous voilà  donc arrivés au paradis de Cécile Coulon. Présentation des anges qui l’habitent: Émilienne, la grand-mère, un arbre fort aux branches tordues, et qui élève seule ses petits-enfants, Blanche, une guerrière de cinq ans, et son petit frère, Gabriel, un enfant malingre. Et puis, il y a Louis, le commis; adolescent battu par son père, et qu’Emilienne a soigné et recueilli comme elle aurait fait avec un chien perdu. Les saisons passent, et les années. Les enfants grandissent Louis fait maintenant partie intégrante de la ferme, sinon de la famille.

Ah! Que je vous dise, c’est Blanche que vous allez apercevoir en premier: droite, malgré ses quatre-vingts années qui alourdissent sa poitrine, balafrent son visage et transforment ses doigts en bâtons cassés… 

Blanche donc – des poules, des oies, un coq, trois canards…. une cour de ferme, hein, avec dedans un arbre centenaire aux branches assez hautes pour y pendre un homme ou un pneu… Je l’ai trouvé intrigant, moi, cet arbre qui arrose de son ombre le sol, si bien qu’en automne, lorsque Blanche sort de la maison pour faire le tour du domaine, la quantité  de feuilles mortes et la profondeur du rouge qui les habille lui donnent l’impression d’avancer sur une terre qui aurait saigné  toute la nuit…. Plus intrigante encore, voire même inquiétante cette fosse à  cochons qui n’accueille plus d’animaux, mais où  git au centre un bouquet de fleurs de campagne devant lequel Blanche est agenouillée…. Blanche, les épaules chargées d’un gilet rouge, d’un rouge plus vif que celui des feuilles de l’arbre à pendaison… 

Imaginez: Blanche prostrée  devant ce petit bouquet de campagne  qui aurait pu être composé por un enfant pour sa première  communion…. Aussi on se demande ce qu’elle fait la comme ça , au milieu de cette fosse que sa grand-mère, Emilienne, a fait creuser pour ses cochons. C’était il y a longtemps. Elle se souvient de tout.

Car si aucun animal n’habite plus cette arène de planches et de terre, une bête s’y recueille chaque matin.

Blanche  

Et le roman va alors s’ouvrir sur une scène  d’anthologie ( je rêve déjà de voir cette histoire adaptée au cinéma ou à la télévision) : Blanche a dix-sept ans, le jour où elle fait l’amour pour la première  fois avec son Alexandre. Mais tenez-vous bien, pas n’importe quel jour; le jour où on tue le cochon dans la cour de ferme, juste sous la fenêtre de sa chambre….

Quatrième  de couverture:

La vie d’Emilienne, c’est le Paradis. Cette ferme isolée, au bout d’un chemin sinueux  C’est là qu’elle élève  seule, avec pour unique ressource, son courage et sa terre, ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel.  Les saisons se suivent, ils grandissent  jusqu’à  ce que l’adolescence arrive, et avec elle, le premier amour de Blanche, celui qui devaste tout sur son passage. Il s’appelle Alexandre. Leur couple  se forge. Mais la passion que Blanche  voue au Paradis la domine tout entière, quand Alexandre, devoré par son ambition, veut partir en ville, réussir.  Alors leurs mondes se déchirent. Et vient la vengeance.

« Une bête au paradis » est le roman d’une lignée de femmes possédées par leur terre.  Un huis clos fiévreux hanté par la folie, le désir et la liberté.

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Cécile Coulon est née en 1990. En quelques années, elle a fait une ascension fulgurante et a publié  six romans, dont Trois saisons d’orage, récompensé par le prix des Libraires, et un recueil de poèmes, Les Ronces, prix Apolinaire.

Vous savez quoi ?

J’ai lu toute la nuit  Impossible de décrocher d’ Une bête au paradis ! Il était  plus de cinq heures du matin, quand j’ai fermé le livre, KO debout  Plusieurs heures après, et même  après  avoir dormi, je suis encore  » hantée » par les personnages *. La plume poétique de Cécile  Coulon est un pur régal, l’intrigue est magistralement menée, l’émotion  est au rendez-vous. J’ai adoré ! Même  que je peux bien l’avouer: la fin m’a réjouie ( non mais!). Et pourtant, je l’avais pressentie. Hé, on connait la vie à la ferme ou pas, les poules, les canards, les vaches, les cochons…. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus. Il faut le lire. C’est de la vraie littérature, de la belle…. De celle qui vous secoue, celle qui vous (re) donne le goût  de la lecture. Une pépite  !

Coeurdialement

SOlène

PS: ils me manquent déjà, ces gens de papier. C’est bien simple, je voudrais qu’ils existent. Pour les connaître.

« Je suis en Suisse, et je viens de croiser un cheval mieux coiffé que moi » ( Et, en plus, elle me fait rire) 😂

Ses lèvres vinrent sur les miennes se poser  Et je sentis au coeur une vague brûlure – Jules Supervielle, « Le portrait »

( Citation mise en exergue  dans le livre)

...
Ils en parlent tous, en France comme en Belgique et en Suisse….

Télérama….

La Grande Librairie

Rentrée le 4 septembre, a 20:50

Avec

Amélie  Nothomb

Cécile Coulon

Et un hommage à  Toni Morrison

WHAT ELSE ?

Plus qu’a vous souhaiter une très  très  belle journée avec ces quelques photos d’une ferme en Auvergne. Des vacances dans le massif du Sancy dont la lecture du livre de Cécile  Coulon a fait remonter les souvenirs…

Quelques spécialités d’Auvergne…. Et tous au paradis avec Cécile Coulon !

Coup de coeur

 

Jeudi, poésie ( moi, ça m’dit)… Cécile Coulon – « Les ronces » 👍❤


Les ronces convoquent le souvenir de mollets griffés, de vêtements déchirés, mais aussi des mûres, qu’on cueille avec ses parents dans la lumière d’une fn de journée d’été, alors que la rentrée scolaire, littéraire, approche.

Entre les caresses et les crocs, Les Ronces de Cécile Coulon nous tendent la main pour nous emmener balader du côté de chez Raymond Carver. Sur ces chemins, elle croise des vendeurs de pantoufles, des chiens longilignes, un inconnu qui offre une portion de frites parce qu’il reconnaît une romancière…

La poésie de Cécile Coulon est une poésie de l’enfance, du quotidien, de celles qui rappelle les failles et les lumières de chacun.

Le livre a reçu le Prix Apollinaire 2018 et le Prix Révélation poésie de la SGDL 2018. 

A offrir pour le jour de l’an, c’est un régal !

Je fus aimée si longtemps, qu’aujourd’hui mon coeur, chanceux cavalier, vit chichement de ses rentes.

Noël

Noël est venu si vite que tu ne te souviens pas des trois saisons entre aujourd’hui
et l’année dernière. 
Il n’a pas neigé comme tu aurais voulu. 
Tu n’as pas autant d’argent que tu aurais voulu.
Tes parents ont vieilli et leurs parents aussi.

Noël est venu si vite que tu te sens pris dans une tempête de couleurs et de chansons 
que tu connais depuis l’enfance et qui continuent 
malgré tes soupirs d’agacements 
de te plaire. 
Tu n’es pas en aussi bonne santé que tu aurais voulu. 
La maison est propre mais pas tout à fait jolie. 
La table est correctement mise mais la viande a trop cuit.

Noel est venu si vite que tu n’as pas eu le temps de te faire à l’idée 
qu’il y avait quelqu’un, à sa place, 
devant son assiette, qui riait et lançait des yeux malins autour de lui. 
Ce quelqu’un n’est plus là et jamais tu n’y aurais cru, qu’il partirait avant toi, jamais l’année passée
quand tu lui tendais les plats et plongeais tes mains dans l’eau savonneuse de la vaisselle
après minuit, 
jamais tu n’aurais pensé que nettoyer ces verres et ranger ces couteaux et secouer cette nappe
seraient des dernières fois,
jamais tu n’aurais pensé ne plus faire ces gestes avec lui. 
Les cadeaux te gênent parce que tu voudrais simplement dormir une heure de plus.
Tu es moins maigre que ce que tu aurais voulu. 
Personne ne t’a embrassé sur la bouche depuis des mois. 
Tu penses aux pompiers, aux infirmières, aux médecins de garde, 
tu penses à la caissière
du cinéma. 
Ils ont des petites bouteilles d’un mauvais champagne dans leur salle privée. 
Ils vont sauver quelqu’un d’autre et personne ne viendra, eux, les sauver.

Noël est venu si vite. Chaque fois un évènement est survenu qu’il faut raconter, justifier.
Chaque fois les enfants sont heureux comme des fourmis devant un tronc d’arbre ouvert.
Chaque fois tu te souviens de ce que tu étais à leur âge, et ta mère pense la même chose, 
et ta grand-mère aussi, il lui arrive même de mentionner la guerre et les oranges sous le sapin, 
il lui arrive même de dire quand on lui tend son cadeau qu’il ne fallait surtout pas car elle n’a besoin de rien. 
Il ne fait pas froid comme tu aurais voulu. 
Tes cheveux sont moins doux que d’habitude et tu as choisi tes vêtements avec soin. 
La petite amie de ton frère, le mari de ta soeur est mal à l’aise. Tu voudrais lui dire
que ça ne durera pas longtemps et qu’on peut aller fumer sur la terrasse 
et il et elle sourit devant la cigarette et la main que tu lui tends.

Noël est venu si vite. Tu n’es pas préparé à voir sur le visage de ceux de ton sang 
les reproches, la pitié, la condescendance gentille et sans arrière-pensée. 
Ils t’ont vu naître. Ils ont le droit
d’être certains que tu te trompes de vie et ils n’hésitent pas à te le dire. 
Dans ces moments-là
tu cherches celui ou celle qui cache ses mains sous la table, pour caresser le chien, le genou
de quelqu’un qu’il n’est pas censé toucher, les touches silencieuses du téléphone portable 
qu’il effleure pour écrire à une âme retenue ailleurs, très loin : « Tu me manques, j’aimerais que tu sois là, s’il te plaît ne m’oublie pas. » Il n’écrit pas « Je t’aime » parce qu’il n’ose pas. 
Le chocolat est moins noir que tu aurais voulu. 
L’édredon sur le lit sent la lavande. Tu n’as jamais fait l’amour dans ce lit. Ni dans cette maison. 
Mais tu en as rêvé si souvent.

Noël est venu si vite que tu ne te souviens plus du moment à partir duquel tu as désiré
passer la majeure partie de ton existence à rester en périphérie des évènements officiels. 
Les enfants débordent d’une joie que tu as honte 
de n’avoir pas su garder en toi, comme on retient 
par la manche un vieux monsieur qui s’en va.

L’enfant prodigue de la littérature clermontoise publie son premier roman, Le voleur de vie, en 2016. À 28 ans, elle est aujourd’hui romancière reconnue, nouvelliste et poétesse. Elle a récemment publié son huitième livre, Trois saisons d’orage, qui a obtenu le prix des libraires 2017. Cette année, elle a remporté le prix Apollinaire, surnommé le « Goncourt de la poésie », pour son recueil Les Ronces.

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Une fois par jour

( J’adore celui-là !)

Une fois par jour quelqu’un que je ne connais pas
me demande mon avis sur des choses
qui ne me regardent pas,
– comment faire pour se remettre d’une rupture –
– est-ce que je dois avoir honte de ce que je suis –
– Peut-on tout pardonner –
des questions de ce genre, des questions comme des briques
sur le coin de la figure et une fois par jour je réponds
que personne ne peut répondre à la place de celui
ou celle qui pose la question
et pourtant ça continue, plus j’écris des romans
et plus je raconte
des histoires idiotes en soirées plus on me demande des conseils
sur des passages difficiles du quotidien :
c’est la première et la dernière fois que je dis ce que j’ai à dire
là-dessus après je retournerai couper la tête des poules
dans la basse-cour
ou jouer aux cartes.
Si tu veux te remettre d’une rupture, d’un deuil, cesse d’avoir
honte de ce que tu es et pardonner au monde extérieur
ses innombrables trahisons, mensonges
et croche-pattes,
travaille comme un âne du dix-huitième siècle,
avec acharnement et en silence,
bois souvent mais jamais seul,
fais-toi jouir une fois par jour au moins,
pour que ton corps se souvienne de ce que ça fait,
de plus jouir est excellent pour le sommeil
et contre les mauvaises pensées,
ouvre les fenêtres en plein hiver le froid ça occupe la tête
et ça empêche de pleurer

ne garde rien de ce qui t’a fait tant de mal, les lettres,
les photos, les listes de courses,
les partitions, les marque-pages,
ne garde rien, ne jette rien non plus,
fais-en cadeau à quelqu’un qui trouvera ça beau,
travaille comme un cheval du moyen-âge,
mange une seule fois dans la journée,
la faim ça occupe la tête et ça empêche de pleurer,
vois tes amis mais jamais chez toi
vois tes familles mais jamais chez toi
vois tes collègues mais jamais chez toi
répète que ce n’est pas grave, tu as atrocement mal
et ton sourire est une plaie ouverte
mais ce n’est pas grave, ça ne le sera jamais
répète que ça n’a pas d’importance, ne réponds pas
au téléphone, ne réponds pas aux messages sur le répondeur,
ne réponds pas aux lettres, ne réponds pas à toutes
ces formes de signaux lancés à travers les autres,
les sites internet et les inscriptions sur les murs dans l’entrée,
claque tout ton pognon, achète des objets inutiles et très chers,
fais-toi jouir une fois par jour au moins,
pour que ton corps se rappelle que tu en es capable,
fume, mais pas dans ton lit
fume, mais pas dans les toilettes
fume, mais pas en regardant les voisins
qui s’embrassent sur la terrasse
si tu veux t’en sortir, nom de dieu,
fais absolument ce que tu veux de ta vie mais cesse donc
de poser la question à quelqu’un qui a mis du temps

avant de trouver ses propres réponses.

 

(P41-43)

WHAT ELSE ?

Les clefs sous la porte *

(Clic)

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