Faites connaissance avec Lally, ma nouvelle héroïne

Le tout début du « Journal d’une conne qui se soigne »:

                                                                               3 juin

Dans la nuit de mardi à mercredi…

La nuit dernière, j’ai fait un rêve, un mauvais rêve qui m’a laissé un putain de malaise. Et ça revient maintenant par bribes, insidieusement, juste au dessus de la mer plombée, en montant, redescendant comme le cri horripilant des mouettes qui rasent à présent l’écume des vagues. Loin devant, quelques maigres lueurs pâlissent l’horizon. Le  jour se lève…

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Salut journal ! La stupide créature que tu as, là, en face de toi, ébouriffée, reniflante, moche… ce fantôme décharné et livide qu’on croirait rongé de l’intérieur par un virus mortel, c’est moi, Lally. Ouh là, attends un peu que je me mouche ! Ne fais pas attention : je n’ai jamais su chialer avec classe (si encore je ne secrétais pas toute cette morve…). Violette (ma mère) serait là, j’aurais droit à une de ses longues diatribes contre les hommes. Pour elle, c’est tous d’égoïstes et infidèles salauds. A l’entendre, Nessie est plus souvent remonté à la surface du loch Ness que le meilleur des hommes. « Souviens toi bien de ça, ma fille, pas un seul ne mérite qu’on pleure pour lui ». Voui, môman (après elle s’étonne: « tu ne me racontes jamais rien à moi »). Une heure comme ça, au téléphone, avec ma mère, et j’ai épuisé toutes mes batteries de secours. J’en sors littéralement lessivée.

Mon père, lui…

 

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Eh oui, les p’tits loups, il y a des rencontres qui bouleversent non pas une existence, mais deux…
Un grantécrivain parisien à gros tirage, qui écrit des polars super virils traduits dans plusieurs langues, ça existe ! Et ce genre d’amoureux peut surgir dans la vie d’une groupie, à l’occasion d’une signature en province.  C’est ce qui est arrivé à mon héroïne, Lally, deux ans plus tôt. Un histoire intense et immensément belle qui va faire rêver le tout Paris, un temps.  Lally est tombée éperdument amoureuse du beau Matthieu machin (Matt pour les intimes) qui, lui aussi, l’aime profondément. Euh, l’aimait ?… Et puis, quand je dis beau, c’est façon de parler, car Matt n’a rien à voir avec son héros, ce flic hyper testostéroné à l’humour très cynique que les lecteurs assidus retrouvent de livre en livre. Or c’est peut-être (je dis bien « peut-être »), ce trop grand décalage entre l’auteur et son personnage de papier qui fait qu’à un moment, les choses se sont gâtées…
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EXTRAITS:
1)Je suis allée siroter une fraise à l’eau sur le vieux port, et, là, dans les odeurs de barbe à papa et de praline, j’avais l’impression que c’était du bonheur qui me coulait dans les veines. Je parlais avec Matt au téléphone (….) Alors imagine, si par dessus tout ça, la voix masculine qui sort de ton portable, te chatouille au passage l’oreille, la renifle même et finit par t’envelopper tout entière, c’est carrément le nirvana. Et ce qu’elle dit cette voix est secondaire, par rapport à l’effet qu’elle fait sur toi…
-Lally ?
-Oui, Matt
-Tu écoutes un peu, ce que je dis ? 
ETC
2)Il y a dix minutes j’étais heureuse, et maintenant je ne le suis plus. Parce que les choses de la vie, c’est comme le temps, elles peuvent se gâter d’un instant à l’autre, et les gens ne s’aperçoivent pas forcément tout de suite que le soleil a disparu derrière une tonne de nuages noirs menaçants. Toi, pareil: tu es là, face à l’océan, les yeux noyés à l’infini, et tu vois même pas qu’il a changé de couleur, que les vagues sont chargées d’écume (…) Noon, parce que tu es confrontée, une fois de plus, à l’insondable nullité de la connerie qui t’habite depuis ta naissance. Mais la différence par rapport à d’habitude, c’est que tu viens d’atteindre ton seuil de tolérance à l’humiliation, et tu te dis: ça suffit !
ETC
Et now, en EXCLUSIVITE pour vous, mes blogueurs préférés, chouchoutés… quelques échantillons de la « connerie » de notre charmante Lally:
1)Trois mois, six jours, et vingt trois heures que Matt m’a appelée, pour la dernière fois…

Deux mois, vingt cinq jours et quelques heures, que je ne reçois plus de SMS d’amour en français (ben, on a beau dire, ça changeait du langage des analphabètes)…

Et si on se parle encore de temps en temps, au téléphone, c’est parce que je ne lâche pas l’affaire. Ben, maintenant que je sais qu’il ne m’aime plus (il ne me l’a pas dit, mais je le sais, je le sens. Le déménagement à Nantes, mon rêve prémonitoire, tout ça…), je suis dorénavant  à l’abri de toute mauvaise surprise. Mais ça se trouve, un jour, il va me re-aimer comme avant, que dis-je, encore plus qu’avant. Alors en attendant, je préfère garder le contact. Bon il n’est pas trop d’accord, pour que je l’appelle sous n’importe quel prétexte, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, il l’a exprimé clairement : ça le déconcentre et son nouveau roman n’avance pas. N’empêche le jour où il s’apercevra soudain que c’était moi la femme de sa vie, il sera bien content que je  sois toujours là.

Pour ça, sachant que la nuit, il ne dort pas, il écrit, je l’ai appelé encore hier, à trois heures du matin. P’tain, l’effet que ça m’a fait, quand ELLE a décroché le téléphone, au bout de la vingt septième sonnerie !

–         Allo ?

–         Euh, j’ai dû me tromper de numéro, j’ai fait, larmoyante, pathétique, faible…

–         C’est pas grave.

(Oh, l’autre ! « C’est pas grave », je voudrais bien la voir à ma place !)

ETC

2)Et ça continue encore et encore, et ce n’est qu’un début d’accord, d’accord…

 Qu’est-ce qui m’a fichu cette chanson dans la tête ? Je l’écoute jamais, moi, Cabrel. Pff, même pas vrai que je pleure encore. J’ai fermé les vannes, depuis que j’ai fait ce truc incroyable dont j’aurais été bien incapable, encore hier : j’ai supprimé de l’ordi toutes les photos de Matt –allez hop, à la corbeille ! Et les 1229 MAILS, Hotmail, Yahoo etc, pareil : deleted ! Et qu’elle se le garde, l’écrivain céleb’, l’autre morue ! Elle ne va pas être déçue avec tout ce qui cloche chez le bonhomme. Parce que les gens se font toute une idée sur le personnage, mais le personnage et l’auteur, ça fait deux. Et d’abord, Matt, c’est le type tout à fait normal qui lâche des cailles en douce sous les draps, empuantant ainsi  toute la chambre, et qui médite une plombe, le matin, aux toilettes…  Ni beau, ni laid, tellement banal, en fait, que les gens qui le croisent dans la rue, comme ça sans le maquillage des plateaux  télé, ils peinent à  le reconnaître. Aussi je peux bien le dire, maintenant, à force de le voir en vrai, je l’ai plus souvent trouvé moche que beau.

Bon, je comprenais qu’on serait tous moches avec une clope roulée et  un mug de kawa, devant un écran d’ordi. Alors avec la bouteille de Jack’s Daniel, en plus ! Mais si, imagine-toi : tu t’affales dans un vieux fauteuil placé juste en face de l’ordi. Tu es habillé n’importe comment, et tu ressembles à rien. Puis tu te laisses pousser la barbe (ou tu t’épiles plus les sourcils, ni le contour des lèvres, si t’es une fille), et tu tapes, tapes, tapes, sur ton clavier… comme ça, jour et nuit avec le pot de tabac de 100 grammes à portée de doigts, et un godet de liquide (noir ou ambré) que tu veilles à remplir sitôt vide, et vice-versa. Bref, tu tapes, tapes, tapes sur ton clavier, sans voir le jour, ni le temps passer, jusqu’à ce que, un beau matin, tu tapes enfin le mot « FIN », the end…  Sauf que « beau matin », c’est vite dit. Parce que d’un seul coup, tu réalises que, dans cette tanière d’écrivain à gros tirage traduit en plusieurs langues, il n’y a pas que toi qui réfléchit. Ton miroir aussi. Et l’image qu’il te renvoie (…)Eh bien, Matt, quand je le voyais comme ça, il me faisait terriblement peur . Parce que le pire dans tout ça, c’est qu’en trois mois d’écriture intensive, il se prenait à chaque nouveau livre, neuf ans d’un coup dans le portrait, et je me disais qu’à ce rytme-là, dans quelques années, ce serait pas beau à voir.

ETC

 4) Ah, pendant que nous sommes dans les présentations, il faut que je te parle aussi de  Mina et Coco, mes amies pour la vie. Mina est attachée de presse à Paris, et Coco  instit’ du côté de la Roche sur Yon. Mina vit avec Chéri (et les ados de Chéri, un week-end sur deux). Et Coco avec Chouchou. Ces deux-là vont d’ailleurs se marier au mois de septembre prochain, et, bien sûr, Mina et moi sommes invitées au mariage. Nous serons les demoiselles d’honneur. Oui, eh bien, ça ne m’enchante pas du tout, figure-toi. Oh, dans l’absolu, je n’ai rien contre l’idée que des gens persuadés d’être tombés sur la bonne personne officialisent leur union  et s’engagent sur la durée, au risque de faire grimper plus tard  les statistiques du divorce. Mais il y aura plus de cent cinquante invités, et c’est beaucoup trop pour la nature sauvage qui me caractérise (encore un truc que je tiendrais de mon père). Une bonne raison pour y aller à reculons, même si ce n’est pas la vraie, au fond. Car à la réflexion, je crois qu’il y a autre chose de plus profond que ça. Parce que depuis quelque temps, rien ne me fait plus flipper que l’idée de finir vieille fille. Désillusionnée, frustrée, aigrie, comme Violette qui lèche ses plaies à coup de citations à la con – « l’amour, c’est comme les vacances, ça dure pas longtemps »… Et parce que mon ex futur mari à moi est tellement à l’Ouest que, la seule fois où je lui ai parlé mariage en insistant sur le mot EN-GA-GE-MENT (« tu comprends, ce n’est pas pour deux ans comme avec SFR »), il m’a répondu : « ah bon, tu veux changer de fournisseur d’accès Internet. Tu as des problèmes avec le Neuf SFR ? ». (Non, c’est avec toi que j’ai des problèmes, gros crétin).

ETC

3)Ce qui complique les choses, c’est qu’on est deux dans ma tête. Et que l’une désire éperdument ce que l’autre refuse énergiquement (…) Tiens, c’est comme quand je passe des heures à chercher le plus sûr moyen d’atteindre Matt, et de lui faire mal (c’est ce qu’il m’a fait -nan?): révéler à la presse people ses problèmes de fonctionnement érectile, me donner toutes les chances de devenir la nouvelle petite amie de George Clooney (ce n’est un secret pour personne que, ce dernier a un faible pour les françaises. On l’a vu un certain temps avec cette Céline Balitran qui cassait pas les briques. Loin s’en faut !), et alors que Matt, ne souhaitait pas trop s’afficher en public avec moi (« pour vivre heureux, vivons cachés », bref, encore une excuse à la noix toute faite), lui, George, il clamerait au monde entier son Amour pour moi (hé, ça lui fait pas peur de s’exposer avec le petit personnel, sa dernière conquête est serveuse, alors hein). J’avoue que la deuxième solution me tente assez.

ETC

Je vous en passe, et des meilleures ! Quand on est conne, on est conne. Et donc, NICO, tu as une partie de rèponse à la question que tu me posais, récemment: « quel genre de conne, est-ce ? »… Une conne dans mon genre -pardi ! Ben oui, car si Lally est devenue  »la reine du repli stragégique », moi je suis devenue une pro de la transposition,  mais attention, très très psy ! Car Lally dit tout (et son contraire), et quand je dis tout, c’est TOUT, ses pensées les plus intimes comme les plus secrètes qu’elle ne s’avoue pas toujours à elle-même, bref tout qui lui passe par la tête, et  TOUT ce qu’il y a derrière.

PSSSST: pour lire d’autres extraits*, voir dérouleur dans la colonne à droite, « Trucs à cliquer, pour vous repérer »,  catégorie « Bétail intime »* et « Mon 3e ROMAN3;;; 

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…Seule, perdue dans l’histoire de Lally, entre dune et sablon, océan et nuages, j’aime ce mélange intime et diffus de sable …Seule, perdue dans l’histoire de Lally, entre dune et sablon, océan et nuages, j’aime ce mélange intime et diffus de sable et de sel, d’embruns et de larmes, qui permet à l’imaginaire de se lâcher… j’écris shootée aux bruines de l’océan et aux couleurs du ciel. A tous les ciels, en fait. Y compris ceux de l’amour. Et des orages de la vie…

BÉTAIL INTIME*

(Clic*)

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32 commentaires sur « Faites connaissance avec Lally, ma nouvelle héroïne »

    1. Suis allée a la rencontre de Lally et je l’ai trouvée géniale . Si blessée ,si attendrissante dans sa révolte, si paumée …je suis vraiment impatiente de la connaitre « entièrement » ….Merci Sophie et SOlène de nous avoir dévoilé quelques bribes de ce roman ….. bisous a vous deux et reviens nous vite SO kiss, kiss ,kiss !

    1. Pour le karaoké (pendant que nous y sommes!):
      J’avoue j’en ai bavé pas vous mon amour
      Avant d’avoir eu vent de vous mon amour
      Ne vous déplaise
      En dansant la Javanaise
      Nous nous aimions
      Le temps d’une chanson

      À votre avis qu’avons-nous vu de l’amour?
      De vous à moi vous m’avez eu mon amour
      Ne vous déplaise
      En dansant la Javanaise
      Nous nous aimions
      Le temps d’une chanson

      Hélas avril en vain me voue à l’amour
      J’avais envie de voir en vous cet amour
      Ne vous déplaise
      En dansant la Javanaise
      Nous nous aimions
      Le temps d’une chanson

      La vie ne vaut d’être vécue sans amour
      Mais c’est vous qui l’avez voulu mon amour
      Ne vous déplaise
      En dansant la Javanaise
      Nous nous aimions
      Le temps d’une chanson.

  1. J’ai fait connaissance avec Lally. 😃
    Personnage attachant.
    J’ai beaucoup lu aujourd’hui. Je me suis explosé les yeux !
    Ça part trop vite cette semaine, je vais ralentir. 😁
    À bientôt.
    Bisous 😚😊

  2. Bonjour Solène, je te découvre en me promenant sur les blog wordpress, merci pour ces beaux extraits, je n’ai jamais eu d’histoire comme Lally mais j’imagine bien son sentiment quand « [la nouvelle] a décroché le téléphone, au bout de la vingt septième sonnerie ! » … 😦

    1. Oui, sauf que cette nouille de Lally apprendra quelques jours plus tard qu’elle avait juste composé un faux numéro.
      Merci de ta visite et pour ton commentaire. A très bientôt sur ton blog. Belle journée!

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