HIER SOIR ENCORE… SUIVI DE “ LA NUIT POUR ADRESSE”….


 

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“Pour me comprendre

ll faudrait connaitre mes nuits,

Mes rêves d’amour.

Et puis mes longues insomnies

Quand vient le jour,

La peur d’affronter la vie”

Michel Berger

 

 

Hier soir encore, j’ai retravaillé les dernières pages de “Souviens-toi d’oublier”. Un final que je veux éblouissant. Hier soir encore, j’ai écrit en mangeant des caramels à la fleur de sel de l’île de Ré, avec des écouteurs dans les oreilles et les voix de Mark Knopfler et de Ruth Moody qui me tiraient vers le haut, tu sais là où on ne touche plus terre, comme pour ces voyages que l’on faisait à deux…
…Hier soir encore, j’ai écrit en ton nom. Et puis j’ai rêvé dans tes mots que je retrouvais ta voix et ta peau. Sauf que je ne croyais plus aux mots, j’étais là comme une chienne qui ne croit qu’à ce qu’elle ressent… Et toi, justement, tu n’étais plus toi, tu étais un peu moi, un peu de ce ciel où j’ai cru voir un nuage plus clair que les autres… un peu l’océan dont on entend d’ici le ressac… Et peut-être même un peu de ce vent qui mêlait ses rafales de feuilles et de sable au bourdonnement des insectes volants dans le petit bois, à côté de cette maison où je t’attends, dans ce monde que j’ai inventé pour toi, loin de la nuit sans fin qu’est ma vie sans toi et du temps  bizarre qu’il fait aujourd’hui… un monde qui n’aurait jamais pu exister sans toi, et dans lequel je me fonds comme en rêve, dans le souffle de l’océan… JE T’AIME.

SOlène

(Tous droits réservés)

 

NUIT D’EXIL

Qu’importe à l’exilé que les couleurs soient fausses
On jurerait dit-il que c’est Paris si on
Ne refusait de croire aux apparitions
J’entends le violon préluder dans la fosse

C’est l’Opéra dit-il ce feu follet changeant
J’aurais voulu fixer dans mes yeux mal ouverts
Ces balcons embrasés ces bronzes ce toit vert
Cette émeraude éteinte et ce renard d’argent

Je reconnais dit-il ces danseuses de pierre
Celle qui les conduit brandit un tambourin
Mais qui met à leur front ces reflets sous-marins
Le dormeur-éveillé se frotte les paupières

Des méduses dit-il des lunes des halos
Sous mes doigts fins sans fin déroulent leurs pâleurs
Dans l’Opéra paré d’opales et de pleurs
L’orchestre au grand complet contrefait mes sanglots

J’aurais voulu fixer dans ma folle mémoire
Cette rose dit-il cette mauve inconnue
Ce domino fantôme au bout de l’avenue
Qui changeait pour nous seuls de robe tous les soirs

Ces nuits t’en souvient-il Me souvenir me nuit
Avaient autant d’éclairs que l’oeil noir des colombes
Rien ne nous reste plus de ces bijoux de l’ombre
Nous savons maintenant ce que c’est que la nuit

Ceux qui s’aiment d’amour n’ont qu’elle pour adresse
Et tes lèvres tenaient tous les soirs le pari
D’un ciel de cyclamen au-dessus de Paris
O nuits à peine nuits couleur de la tendresse

Le firmament pontait des diamants pour toi
Je t’ai joué mon coeur sur les chances égales
Soleil tournant des boulevards feux de Bengale
Que d’étoiles à terre et par-dessus les toits

Quand j’y songe aujourd’hui les étoiles trichèrent
Le vent charriait trop de rêves dérivés
Et les pas des rêveurs sonnaient sur les pavés
Des amants s’enlaçaient sous les portes cochèrent

Nous peuplions à deux l’infini de nos bras
Ta blancheur enflammait la pénombre éternelle
Et je ne voyais pas au fond de tes prunelles
Les yeux d’or des trottoirs qui ne s’éteignaient pas

Passe-t-il toujours des charrettes de légumes
Alors les percherons s’en allaient lentement
Avec dans les choux-fleurs des hommes bleus dormant
Les chevaux de Marly se cabraient dans la brume

Les laitiers y font-il une aube de fer-blanc
Et pointe Saint-Eustache aux crochets des boutiques
Les bouchers pendent-ils des bêtes fantastiques
Epinglant la cocarde à leurs ventres sanglants

A-t-il a tout jamais décidé de se taire
Quand la douceur d’aimer un soir à disparu
Le phono mécanique au coin de notre rue
Qui pour dix sous français chantait un petit air

Reverrons-nous jamais le paradis lointain
Les Halles l’Opéra la Concorde et le Louvre
Ces nuits t’en souvient-il quand la nuit nous recouvre
La nuit qui vient du coeur et n’a pas de matin

Louis Aragon

 

 

 

 

Nous savons maintenant ce que c’est que la nuit. Ceux qui s’aiment d’amour n’ont qu’elle pour adresse.
Louis Aragon

 

 

 

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6 commentaires sur « HIER SOIR ENCORE… SUIVI DE “ LA NUIT POUR ADRESSE”…. »

  1. Nous savons maintenant ce que c’est que la nuit. Ceux qui s’aiment d’amour n’ont qu’elle pour adresse.
    Louis Aragon…

    qu’est ce que c’est beau comme citation ! J’ai beaucoup écris à celle que j’aimais.. dans mes journaux personnels de l’époque, dans des lettres que je ne postais pas mais que je jetais au petit matin. La nuit, est propice au lâcher prise, à l’écriture qui défoule. L’écriture c’est aussi une forme de thérapie, un viatique ! je ressens cette forme d’urgence chez toi et je la comprends d’autant plus que j’ai connu ces moments là. Je ne peux pas aimer « à moitié ».. quand j’aime c’est tout mon être qui s’enflamme.. Alors, il faut prendre soin de nous. Les chansons de Michel Berger sont sublimes. Il y a une chanson de Christophe qui m’a toujours bouleversé « Parles lui de Moi » sur l’album « aimer ce que nous sommes ». Je l’ai écouté pendant des mois pour faire taire la douleur. La musique, l’écriture, le partage, la vie, l’amitié, autant de belles choses qui font du bien. Je suis chanceux de te connaître. On est des sensibles et à mon sens c’est une richesse à cultiver. Passe un excellent weekend ! Bisous Solène 🙂 🙂

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