TURBULENCES


Le Malheur n’approche jamais dans le vacarme, mais dans le bruit feutré du sautillement de la Colombe.

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), Friedrich Wilhelm Nietzsche…

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C’était  la nuit du crash Rio-Paris. Nous aussi on était dans l’avion. Pas dans l’avion qui s’est crashé, mais dans celui qui nous ramenait de New York, au même moment. Enfin il faudra que tu nous donnes ta recette, qu’elle m’a dit Leila presqu’au début de ce vol transatlantique. Parce que ton histoire avec « ton déprimé de naissance », elle donnerait des envies de suicide à la plupart des gens, alors que toi tu donnes l’impression de vivre le nirvana au quotidien.

J’ai regardé ma jolie copine dans sa robe-chemisier blanche de pure jeune-fille au cœur à prendre. Le haut échancré, le cheveu qui se lâchait, avec ce new look, elle n’était plus la Cendrillon chagrinée de la bande, mais bel et bien la nana qui rentrait de vacances et voulait surtout le montrer grâce à ce savant dégradé de couleurs. Du plus foncé aux racines des cheveux qui s’éclaircit à mi longueur jusqu’au blond bébé aux pointes, le but de la manœuvre c’était de faire croire à ses collègues de bureau qu’il avait fait beaucoup  plus beau à New York que partout ailleurs. Le nez tourné vers le hublot, les yeux perdus dans un insondable lointain,  elle affichait  une réprobation désolée…

Et encore à ce moment-là, je l’ai trouvée plutôt gentille, parce que d’habitude, elle disait « ton psychopathe ». Oh, juste un délit de faciès: « quoi sa gueule, qu’est-ce qu’elle a sa gueule ? ». Et le fait que Leïla se trompe de personnage, ça ne jouait pas en ma faveur. Oui, j’ai bien dit « de » (personnage) et non pas « sur »… (Parce que, à dire vrai, avec Leïla j’avais compris une chose : moins je lui en raconterais sur my private life, et mieux je me porterais)…

Toujours est-il que la conversation était partie à propos d’un sondage réalisé aux States, sur « le plus grand regret des gens », et je vous donne en mille celui qui était arrivé en tête… c’était… c’était… « De ne pas avoir assez aimé ». Or, ce n’est pas gai, je trouve, d’avoir à faire ce terrible constat.

Enfin bref, de fil en aiguille, on s’est mises à disserter sur l’amour. Ah l’amour -ça en fait couler de l’encre et de la salive, quand ce n’est pas les larmes.

– Un histoire d’amour qui dure, dure, perdure, tu y crois, toi ?

– Bien sûr, parce qu’elle peut se transformer et heureusement ! Que je lui ai répondu à Leïla.

Bon d’accord, si on laisse la situation pourrir, c’est sûre que la love-story, elle se délite, et alors là, c’est inéluctable que ça s’arrête. Surtout que certaines passions amoureuses sont destructrices. Mais ça n’empêche que d’autres sont fortes et belles. Puis tu as aussi des gens qui s’épanouissent dans la douceur d’un amour tranquille, complice… l’amitié, quasiment. Et ça, c’est magnifique.

– Mais c’est quoi l’amour alors ?

– Ben euh… pour moi, Leïla, c’est le bonheur d’être ensemble. Ensemble dans nos têtes, oui déjà. Puis de partager de bons moment, de temps en temps, mais pas forcément  le même toit. L’amour, c’est se réjouir de l’existence de l’autre purement et simplement, et tout ne repose pas sur l’apparence physique. C’est beaucoup plus profond que ça.

Pas convaincue la Leïla. Faut dire que pour elle, l’amour ce serait plutôt Disneyland, ce manège enchanté où une jolie copine en robe-chemisier blanche de pure jeune-fille au cœur à prendre  raconte des histoires à dormir debout, non pas pour mieux manger toutes crues les âmes d’enfants que nous sommes, comme pourraient le penser les grands méchants loups (hé, les filles, tous les hommes ne sont pas des Mickey), mais pour mieux se bercer d’illusions, en endormant du même coup, les copines.

Faut dire surtout, qu’on était en train de traverser une zone de turbulences, et que Leïla, elle avait le trouillomètre au dessous de zéro.  J’ai failli lui dire: c’est aussi ça, l’amour, des fois… il arrive qu’on perde le contrôle de soi-même, et qu’on soit obligé de partir plus loin que la mer pour se retrouver. Mais sans amour, on est rien, alors hein ?!

« Quand l’amour s’en va, que tout est fini dadou ron ron, dadou ron ron »

Je sais, je chante faux. N’empêche que, lorsque l’amour s’en va, plus rien n’existe. RIEN. C’est le vide total, le GRAND VIDE INTERSIDERAL autour de nous, et en nous. Il n’est plus là. Et puisque il n’est plus là, nous non plus, on voudrait ne plus être là. Disparaitre. Oui disparaitre, et puis c’est tout. Abracadabra -hop, j’ai disparu !

En tout cas, c’est à ce moment-là, précisément que je me suis mise à caresser le projet de rencontrer le grand Sam, en vrai.

Sam, ce magicien habillé tout en noir qui met une cape ou un chapeau sur une colombe, et -hop, la colombe n’est plus là. Aussi personne, absolument personne ne se demande comment et encore moins pourquoi. Les gens rentrent chez eux contents du spectacle.  Quant à ce qu’est devenue l’innocente colombe, tout le monde s’en fiche, comme de son premier bavoir. C’est comme ça, c’est la vie.

Et moi, là, j’aurais voulu être comme cette colombe disparue. Disparue, et puis c’est tout. Même que dans l’avion qui bougeait, cause de l’orage quelque part au dessus des eaux sombres et profondes de l’Atlantique, j’étais la seule à me marrer, alors que les autres passagers à bord étaient morts de peur. Grosse vilaine que je suis, je me marrais  de les voir se gober un, voire deux Lexomil, et parce que je les imaginais en train de serrer les fesses, en chantant dans leur tête « Plus près de toi, mon Dieu »…

Tout ça pour dire que le chagrin d’amour du siècle (le plus énorme de tous les temps), ben ça arrive à tout le monde. Si si, même aux filles qui donnent  «  l’impression de vivre le Nirvana au quotidien ». Si j’vous l’dis!…

SOlène

(Tous droits réservés)

 

NB: le prénom de Leïla qui ne s’appelle pas Leïla (mais…) a été changé pour préserver sa vie (très) privée. Ben oui, quand même.

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Ce sont les mots les plus silencieux qui amènent la tempête. Des pensées qui viennent sur des pattes de colombes mènent le monde.

Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), Friedrich Wilhelm Nietzsche…

A Sylvain, André, Amélie, Marina, Ludivine, Isabelle, Véronique et Huguette, avec toute ma reconnaissance pour leur fidélité exceptionnelle et leur soutien inconditionnel; ainsi qu’à tous les lecteurs du monde de SOlène sur Facebook et sur WordPress…

– Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?

– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.

– Tes amis?

-Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

– Ta patrie?

– J’ignore sous quelle latitude elle est située.

– La beauté?

– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

– L’or?

– Je le hais comme vous haïssez Dieu.

– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?

 J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages

Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)

WHAT ELSE?

Bonne lecture à tous! Je retourne à mes nuages….

Cherche Fanny désespérément*

(CLIC*)

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23 commentaires sur « TURBULENCES »

  1. Je regarde souvent
    les nuages et je me dis que c’est là que j’aimerais être après mon grand départ « être sur un petit nuage » …..
    Ce qui ne m’empêche pas d’avoir les pieds sur terre pour le moment 😉 lol
    Merci Solène de nous faire planer… gros bisous

    1. Merci à toi Eveline. Merci d’être là. Planer ensemble, c’est encore mieux. Je crois qu’on a besoin de ça, de notre planète a nous 😉 Des bisous et une belle nuit 💖 A très bientôt.

    1. Merci beaucoup Loic. Dès que je serai installée et que je pourrai aller sur l’ordi je retournerai sur votre nouveau blog. Parce qu’avec mon Smartphone je suis très limitée quand ce n’est pas WordPress. Je ne peux en tout cas pas laisser de commentaires ni liker.
      Alors à très bientôt. Belle fin d’après-midi.

  2. Très beau texte, j’ai adoré. 😍
    Cette scène dans l’avion à parler de l’amour m’a beaucoup plu, l’ambiance, l’etat d’esprit, les circonstances…

    Merci ma Solène
    Belle journée
    Bisous 😚

  3. J’aime bien ta définition de l’amour « L’amour, c’est se réjouir de l’existence de l’autre purement et simplement, et tout ne repose pas sur l’apparence physique. C’est beaucoup plus profond que ça. »
    Merci Solène et bonne journée

  4. Les mots de Baudelaire sont sublimes ! ton texte me parle également tout comme la musique de London Grammar. Tu composes à chaque fois de très beaux moments d’émotion, merci pour ce partage, passe un excellent weekend ! Gros bisous Solène 🙂 🙂

    1. Baudelaire je suis fan. Et London Grammar aussi, maintenant 😉
      Ça va toi?
      C’est mon dernier w-e avant mon départ en Suisse. Lundi, ça va être une journée assez pénible dans les trains avec changement à Paris, et la course entre la gare Montparnasse et la gare de Lyon pour ne pas louper la correspondance.
      Hâte d’être arrivée.
      Bisous et un bon week-end. Il va faire beau, il faut en profiter 😘🌞

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