LES VIES DE PAPIER


Le soleil se lève et la cuisine prend forme, dévoilant ses détails.
Le réveil de ma ville est plus beau à mes yeux et à mes oreilles, que l’aube naissante dans quelque vallée bucolique ou quelque île paradisiaque isolée.
Dans ma ville, le soleil multiplie ses effets sur la myriade de fenêtres,et de vitres en reflets bigarrés qui font que chaque matin est unique.
La pâle lumière s’insinue par la fenêtre, curieuse de savoir ce qui se passe dans ma cuisine .
Elle tombe sur mon visage et ondoie.

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Et moi, je me pâme de plaisir, rien qu’à imaginer le réveil de Beyrouth… je lis, que dis-je relis ces lignes avec un bonheur somme toute difficile à décrire. Il faut les lire… les vivre, et c’est tout.

[…] “Marguerite Yourcenar […] lorsqu’elle traduisit les poèmes de Cavafy en français. […] Elle modifia complètement les poèmes, les francisa, se les appropria. Brodsky aurait dit qu’on ne lisait pas Cavafy, qu’on lisait Yourcenar, et il aurait eu tout à fait raison. Si ce n’est que les traductions de Yourcenar sont intéressantes en tant que telles. Elle desservit Cavafy, mais je peux lui pardonner. Ses poèmes devinrent autre chose, quelque chose de nouveau, comme du champagne.”…

Et là, comment ne pas penser à ma très chère  Danièle Saint Bois *  et son  Marguerite, Françoise et moi *que j’ai adoré.

Oui, parce que ce livre, Les vies de papier de Rabih Alameddine (Prix Fémina 2016) est un livre sur les livres ( mais pas que!). Un livre qui, donc, séduira forcément les passionnés de littérature (dont je suis). Et d’ailleurs, la couleur est annoncée dès les premières pages:

Des livres dans des cartons – des cartons remplis de papier, des feuilles volantes de traduction. C’est ma vie. Je me suis depuis bien longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l’écrit. La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème.Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments dans mon monde intérieur de livres. Pour filer cette métaphore sableuse, si la littérature est mon bac à sable, alors le monde réel est mon sablier- un sablier qui s’écoule grain par grain. La littérature m’apporte la vie, et la vie me tue.
Enfin la vie tue tout le monde” (p. 15)

Et comme je comprends ça, moi qui fuis le monde, celui surtout des chaines d’info continue comme BFMTV par exemple et de certains réseaux sociaux. La littérature me sauve, puis me rend à la vie…

Avec ce livre inspiré et inspirant, je me suis parfois un peu perdue dans les références littéraires, mais pour mieux me retrouver ensuite dans ce texte magnifique, émaillé de phrases parmi les plus belles encore jamais lues. Il faut dire aussi qu’ Aaliya, la narratrice qui est un roman à elle toute seule, ne m’a jamais lâché la main du début jusqu’à la fin. Et ce, sans que je sache toujours où elle m’emmenait! (c’est fort!) Epouse répudiée, fille mal aimée, soeur maltraitée et harcelée: entre passé présent, tout au long de son récit, cette femme d’âge mûr entrée en littérature comme on entre dans les ordres, m’a émue comme c’est pas possible. Et plus souvent qu’à mon tour! Cheveux bleus, vin rouge… (ça commence bien), elle est tout simplement vivante… Dans ses livres, au milieu des cartons, “célébrant la beauté et la détresse de Beyrouth” en constante mutation… alors qu’elle même est en pleine crise existentielle –ce qui, à 72 ans, se comprend aisément, “tandis qu’elle essaye de maîtriser son corps vieillissant et la spontanéité de ses émotions”, en même temps “qu’elle doit faire face à une catastrophe inimaginable qui menace de faire voler sa vie en éclats.”…

Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire beaucoup plus. Sinon que “Les vies de papier”, c’est aussi un livre sur la condition féminine. Un très très beau portrait de femme.
Un ton léger et grave à la fois, des digressions que certains peuvent trouver déroutantes (mais comme j’aime justement) consacrées à la peinture sociale du Liban et à Beyrouth ville en guerre martyrisée par les combats… des réflexions avisées (la solitude est propice à l’introspection)… et malgré ça, une atmosphère envoûtante, bref un un livre que je n’oublierai pas de sitôt.

Rabih Alaméddine s’est mis dans la peau d’une femme de 72 ans, et surtout dans sa tête avec un talent fou. Un auteur à découvrir absolument. En tout cas pour moi.

SOlène

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A quoi servent  les  livres s’ils ne nous ramènent pas vers la vie,  s’ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d’avidité? -Henry Miller….

WHAT ELSE?

Au fil des mes lectures et coups de coeur littéraires…*

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13 commentaires sur « LES VIES DE PAPIER »

  1. J’adore ….💕
    « La pâle lumière s’insinue par la fenêtre, curieuse de savoir ce qui se passe dans ma cuisine .
    Elle tombe sur mon visage et ondoie. »

    La lumière qui vient te réveiller délicatement…. C’

  2. C’est parti trop vite 😉
    La lumière qui vient te réveiller délicatement… C’est une invitation à danser avec la Vie 😍

    Merci Solène.
    Big bisous et belle danse avec la Vie
    😚

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