L’AMOUR ABSOLU


« Il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile dansante »

Nietzsche

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Au même moment, dans une forêt d’Auvergne, à proximité d’un lac de cratère, un homme qui s’était endormi au pied d’un arbre en fin d’après midi, se réveilla en sursaut. Sans doute avait-il senti la nuit le recouvrir de son linceul. Il frissonna, se demandant où il était…

Il y a des moments dans l’existence où la question de penser autrement qu’on a pensé jusque-là se pose sérieusement, parce qu’il serait grand temps de percevoir la vie autrement qu’on la voie, nous. Sans quoi, on se retrouve dans l’incapacité totale de voir, regarder, ne serait-ce qu’apercevoir ce que la vie, notre vie -après bien des malheurs, parfois, est enfin disposée à nous offrir. Car une chose est sûre, la vie ne fait pas que prendre, elle donne aussi. Beaucoup !

Mais voilà, lui, l’homme de la forêt n’était même pas en état de penser à sa vieille Méhari qu’il avait laissée, garée sur le parking, là-bas à côté de la buvette envahie par des touristes juilletistes. C’était surtout les deux tourtereaux en train de roucouler devant leurs coupes de glaces qui l’avaient fait fuir dans le ricanement mauvais de la douleur revenue par leur faute. Lui, si peu enclin aux épanchements sentimentaux et si avare de paroles, n’avaient alors pas su mettre de mots sur ses maux. Il était donc loin -bien loin de penser que ce drôle de sentiment qui lui envahissait subrepticement l’âme, ça pouvait être l’amour. D’abord, l’amour ça n’arrive qu’aux autres.  Et puis, c’est mystérieux, l’amour… Et capricieux ! Ça vient jamais quand on l’attend, ça arrive soit trop tôt, alors qu’on n’est pas prêt à l’accueillir… soit trop tard, quand on y croit plus.  Aussi, parfois il se cache derrière une souffrance indicible, se terre dans la clameur du silence… En tout cas, l’amour qui ne dit pas son nom, c’était pour lui, l’homme de la forêt, comme ces ronds dans l’eau…

Il avait jeté un caillou dans le lac, comme ça machinalement, sans réfléchir… ni eu le temps de voir le caillou couler -flop ! Il savait que le caillou était là, au fond. Ou plutôt, il le devinait à cause des cercles à la surface de l’eau, et qui s’éloignaient de l’endroit où le caillou venait de tomber.  L’homme parcourait du regard ces cercles, passant du plus gros au plus minuscule, comme ça sans aucune autre logique que celle de l’amour enfoui dans les tréfonds son être… l’amour singulier et secret, non pas tel qu’on lui aurait appris, mais tel qu’il le pressentait  en même temps qu’il le chassait. Ainsi, de cercle en cercle, ça se précisait, malgré lui. Mais il n’était pas encore en mesure de comprendre ce que lui disait sa souffrance de plus en plus aiguë, jusqu’à la plongée au plus profond du désespoir…

Mais qu’elle se casse, putain qu’elle se casse de ma tête, ou je la jette… je me jette à l’eau !!!

Tout. Il aurait pourtant tout donné pour réentendre cette voix qui faisait la pluie et le beau temps sur sa misérable existence. Oui, tout ! Mais il n’en était pas conscient. Et alors que l’air des grands espaces alentour devenait moins important pour respirer que cette voix au visage de petit chat trempé sous une pluie battante,  il maudissait ces sales petites frappes qui lui avaient volé son portable.

Il était là, debout sur ses jambes flageolantes. Sa peau, ses muscles, ses os lui faisaient mal. Mais l’amour sait rester silencieux. Comme la souffrance… Et il arrive qu’il passe par des chemins détournés, caillouteux, accidentés, au point qu’on ne sait plus où mettre les pieds, voire une rupture suivie de nuits d’insomnies et de longues journées de chagrin. Et puis, un jour, vient la colère. La colère enfin ! La délivrance !

Il se souvenait, à présent: tombé d’un coup, le sommeil l’avait saisi dans sa rage. L’instant d’avant, tous les noms d’oiseau y étaient passés, les insultes, les invectives… tous ces mots assassins qui, à coup sûr, tuent l’amour sans que le crime n’ait été prémédité…

Oui l’homme se souvenait maintenant…  Il se souvenait jusqu’à la nausée, de sa bouche sèche, son souffle court… son crâne si lourd au niveau de la nuque… cette barre sur le front, juste au dessus des yeux… et son mal de ventre accompagné d’un chapelet de pets qui répandaient dans l’air une odeur d’oeuf pourri… Même qu’il avait vomi sur ses chaussures.

Son dos douloureux appuyé au tronc de l’arbre, les bras croisés, il se sentit devenir fou. Pourquoi s’était-il réveillé alors qu’il lui manquait la moitié de son être ?! Grondement de tonnerre ! Eclairs ! Ne savait-il pas que celui qui jette une pierre ou un caillou dans le lac Pavin déclenche la fureur des éléments ?

A cet instant précisément où l’orage éclatait, et où des trombes d’eau du ciel s’abattirent sur la forêt en remplissant le lac prêt à déborder, la foudre frappa si fort, que l’homme s’effondra en même temps qu’il sentait le frôlement de cette chose qu’il n’avait pas su nommer, et qui, d’ailleurs, n’avait peut-être jamais existé, mais qui pourtant revenait dans l’éblouissement de sa réalité irréelle: l’Amour avec un grand A. L’Amour absolu

SOlène -Extrait de « Souviens-toi d’oublier » (prochainement sur Amazon Kindle Direct Publishing en version numérique et brochée)

Tous droits réservés

On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’en va.

Jacques Prévert

Cherche Fanny désespérément*

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23 commentaires sur « L’AMOUR ABSOLU »

  1. … Merci à vous qui passez régulièrement par ici, lisez, commentez… Je ne suis pas très présente sur le Net en ce moment. Je fais quand même ce que je peux pour ne pas vous abandonner totalement, et dès que j’en aurai fini de mon travail d’écriture, je me rattraperai -promis! 😉 ❤

  2. Très joli texte. J’en ressentais tous les mots/maux… On peut ressentir ces mêmes sentiments si l’on est bafoué…aussi bien en amour qu’en amitié mais pas que… cette impression d’impuissance et de rage entremêlées… d’absolue… très bien écrit…Une plume douce et aiguisée à la fois… merci pour ce partage matinal…gros bisous à toi Solène…PS : tu ne ressembles en rien à tous ces dinosaures de l’écriture qui sont fermés et à la plupart du temps horriblement hautain et dédaigneux… mais sans doute que cela est dû à leur succès pour certains…gros bisous à toi…😚😚💜💜

    1. Eh bien dis-donc, ma petite Suricate, tu me touches. Et pas qu’un peu! Je dois filer, car j’ai pris du retard pour poster ce billet. Mais je repasse chez toir dés que possible; ce soir ou demain au plus tard. J’ai encore plein de choses à voir sur ton blog. Bisous bisous et une belle journée, à très vite ;* ❤
      PS: en fait, je reviens de ton blog, mais ça ramait, ramait… Du coup, j'ai reporté ma vistie à plus tard.

      1. Pas de soucis ma Solène. Moi aussi je suis en plein dans mon taf. Je te fais pleins de gros bisous et à très bientôt 😚😚 quand tu peux bien entendu car rien ne presse ; moi-même ayant des obligations comme tout un chacun…😚😚😚💜💛💕

  3. Waouh !!! « Ca touche profondément grave », au plus profond des trippes…
    Ce texte « SOléne », il est beau, il est bon, il est fort, il est sensible, il est la vie…IL EST TOI !!!
    Tellement Merci ma petite Solène…tu es un ange qui ne sait pas encore qu’il vient de tomber du ciel Grrrrr !!!
    Enorme Bisous
    Tony

    1. Tu sais, il n’est pas récent. Il s’agit d’un manuscrit qui hivernait parmi d’autres, dans les fonds de tiroir de l »obsédée textuelle que je suis…. Le suis dit que c’était trop bête. Et donc j’ai décidé d’auto publier sur Amazon Direct Publishing. Ne pas partager est du temps perdu, je vais du coup beaucoup en gagner 😉
      Merci à toi. D’être là. D’être toi.
      Je reviens de brooklling37, où j’ai passé un bien agréable moment.
      Bisous, à tout vite! Et une belle soirée ☆♡☆♡

      1. grâce à FcK … y’a du bon là bas aussi ! bizz .. je viens de lire et bizarrement ça vient dans la logique des choses .. je viens de commenter le mur d’un pote qui en bave après une rupture .. bizzz

  4. J’ai écouté l’extrait de ton roman lu par toi, ça fait bizarre d’entendre le son de ta voix, tu as un timbre particulier. Dans cette mise en bouche, on retrouve ton style, le ton que tu affectionnes, alors forcément j’aime. En tout cas, c’est plaisant de voir autant de commentaires sur ton blog, tu le mérites. J’essaierai de repasser moi aussi plus souvent !

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