FANNY… suivi de LULLABY et L’ORIGINE DES CHOSES…


 

“Quand on peut se regarder souffrir et raconter ensuite ce qu’on a vu, c’est qu’on est né pour la littérature.” –Edouard Bourdet…

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Quand je suis arrivée sur l’île en fin de matinée, bizarrement les volets de la maison étaient fermés. Et, en ouvrant la porte, j’ai tout de suite compris que Poupette était morte. Morte et enterrée, puisque je ne l’ai pas trouvée dans son lit, par ailleurs, soigneusement refait avec des draps propres et un dessus lit qui semblait neuf, ou tout juste sorti du teinturier.

Ma grand-mère est morte, et personne ne m’a prévenue. Pour cause, j’ai pensé.


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Eh oui, car je suis issue d’une famille où des petites filles disparaissent, des pères de famille abandonnent femme et enfants et où, pour couronner le tout, des jeunes parents se tuent en voiture…

Cette réalité fait partie intégrante de ma conscience depuis longtemps, maintenant. Bien sûr, j’ai toujours su que la vie a un début et une fin ; que la vie sur terre n’est qu’un passage, mais je le savais comme le savent les enfants qui, au fond d’eux-mêmes, n’y croient pas d’avantage qu’aux histoires qu’on leur lit, le soir. Parce que la mort, c’est que pour les vieux, d’abord. Les beaucoup beaucoup plus vieux que nous, qui ont fait leur temps ; nous on a encore l’éternité devant nous…

N’empêche, à l’idée que Poupette avait rendu son dernier soupir ici, le sang de mes veines s’est soudainement glacé, et toute frissonnante alors, je n’ai plus rien senti d’autre que le besoin urgent d’un verre d’alcool fort ; whisky ou un truc dans le genre aussi dégueulasse pour moi qui, de coutume, ne carbure qu’au coca light.

 

Encore heureux que le fauteuil de Poupette était là pour m’accueillir. Ce bon vieux fauteuil en cuir fatigué par tous les malheurs qu’elle  lui racontait, quand elle avait l’air de causer toute seule. Je n’ai plus que lui vers qui me tourner, maintenant qu’elle est morte. Je suis là, assise sur lui, comme ça bien calée entre ses bras râpés, et dans l’odeur de renfermé et d’humidité iodée de la maison, qui est aussi celle de ma grand-mère qui sentait bon le sable mouillé, comme quand la mer vient de se retirer.

Je n’aurais peut-être pas dû regarder cet album de famille. Profondément vautrée sur les coussins désuets, je me siffle un troisième verre de la bouteille de Pineau blanc que j’ai trouvé entamée dans le frigo; sans pouvoir m’empêcher de revenir dans ma chambre de vacances, là-haut, au premier,  il y a… il y a… hou là, ça fera bientôt un quart de siècle ! Impressionnant !

Poupette tient alors une minuscule crêperie dans un trou perdu quelque part sur la cote nord à l’Ouest de l île, pas très loin de la pointe rocheuse et du phare des baleines; à dire vrai,  une des seules curiosités du coin, avec la conche des baleines, cette plage où furent tournées les premières séquences du « Jour le plus long », et qui doit son nom aux nombreux échouages des cétacés à la fin du XXe siècle…

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J’ai quatre ans, le même âge exactement que tante Fanny sur cette photo, où elle patauge dans un trou d’eau, avec son petit bateau qui flotte à ses pieds.  En arrière-plan, la mer dessine un trait au loin, comme à chaque fois à marée basse. Ce jour-là de septembre 1963, l’air semble doux et insouciant. La petite fille est heureuse, elle sourit au moment où Poupette prend la photo…

En tout cas, c’est la première fois que Poupette m’autorise à feuilleter  cet album auquel elle dit tenir comme à la prunelle de ses yeux. Et moi, là, je suis littéralement fascinée par cette photo toute riquiqui en noir et blanc. C’est ta tante Fanny. Je sais. Mais comment ça, tu sais ?!  Qui te l’a dit ? Personne, mais je sais. Même qu’ici, avant, c’était la chambre de Fanny, et c’est sur son lit qu’on est assises. Eh, eh !! Tu vois, je sais tout.

 

Bien entendu, Poupette en était baba et tout en me bordant après m’avoir couchée dans le joli lit à baldaquin qui fût donc celui de tante Fanny, elle a quand même fini par me demander si c’était normal que je sache ça. J’ai juste répondu « ben oui » en pensant, pardi, avec les grands qui parlent toujours comme si les enfants n’étaient pas là. N’empêche, aujourd’hui, je me demande si le plus dingue dans tout ça, ce n’était pas de me demander à moi ce qui était normal ou pas.

SOlène, extrait de  SOUVIENS-TOI D’OUBLIER*

(Tous droits réservés)

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LA CLEF DE L’ÉNIGME ?… UN SECRET DE FAMILLE…

Non-dits, fantôme transgénérationnel… 25 chapitres pour en arriver-là et se dire que non, le passé qu’on croyait mort ne l’est pas, et qu’on le porte en nous… alors oui à suivre…

WHAT ELSE?

 

LULLABY*

&

L’origine des choses*

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Pourquoi avons-nous mal à nos ancêtres ?

(Un article de blog sur le sujet)

 

 

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11 commentaires sur « FANNY… suivi de LULLABY et L’ORIGINE DES CHOSES… »

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