LULLABY


Je vous ai dit, je regardais la mer, j’étais cachée dans les rochers et je regardais la mer. “ –J-M G Le Clézio, Lullaby…

 

Sur l'île...
Sur l’île…

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-Qu’est-ce que ça fait du bien, cette échappée sur l’île! S’était exclamé Leïla.

Leurs chaussures à la main et leurs sacs de plage en bandoulière, les deux filles marchaient le long du rivage, de l’eau jusqu’aux chevilles.

-Tu sais quoi, Gladys, ça me rappelle un petit livre que FANNY* m’avait prêté en sixième. C’était l’histoire d’une lycéenne, qui, un jour décide de ne plus aller en cours. Aussi le matin de cette décision, alors qu’il est encore très tôt,  elle écrit une lettre à son père puis part de chez elle pour aller voir la mer, le ciel, le soleil… et sentir le vent…

Dans cette belle lumière de fin d’après-midi d’été, les deux filles marchaient comme dans un rêve au ralenti. La mer était d’huile et le soleil encore un petit peu haut glissait à l’Est mine de rien en les éclaboussant de ses rayons tièdes qu’elles se prenaient de pleine face. Gladys observait Leïla à la dérobée en clignant des yeux… Leïla qui, elle, regardait droit devant, le regard perdu dans le paysage imaginaire qu’elle décrivait: la jolie maison grecque, le chemin des contrebandiers qui menait à la plage…et puis est arrivé ce garçon qui, dans son souvenir à Leïla, revenait de la pêche… Tout un univers poétique et de paix, sur lequel planait un certain mystère qu’on devinait juste fait pour remplir d’ivresse l’adolescente douce et rêveuse qu’était…

-Lullaby! Son prénom, c’était Lullaby. Et Je me souviens maintenant que FANNY* m’avait expliqué que Lullaby en anglais signifiait berceuse… J’ai souvent pensé que Fanny s’identifiait à cette Lullaby. Oui, parce qu’il suffisait de quelques mots à propos, et tout de suite, c’est de son île qu’elle parlait; les roses trèmières devant la petite maison aux volets verts de sa grand-mère, tout ça… Ré la blanche, comme les maisons de l’île et ré comme la note de musique… île aux fleurs, aux oiseaux et à la fleur de sel des marais salants… à fleur de peau et des mots qui revenaient avec le goût sucré salé de ces gros caramels carrés au lait que FANNY* mangeait à la récré de dix heures…

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– Et de ses parents, jamais elle ne t’a parlé d’eux, FANNY*? M’enfin, Leïla, t’avoueras que c’est quand même bizarre. On a toutes et  tous un père et une mère, et FANNY* n’est pas arrivée dans la vie un beau matin, comme ça surgie de nulle part…  Elle n’a pas grandi, non plus, toute seule dans la rue.

-Eh bien, non, FANNY*  ne me parlait jamais de ses parents, si tu veux savoir. Enfin si, une fois, elle m’a dit qu’ils étaient partis en voyage de l’autre côté de la mer. Mais au son de sa voix qui tremblait en trahissant le chagrin que les mots ne disaient pas, j’ai compris qu’il valait mieux ne pas insister.

Autant pour Gladys! En tout cas, Leïla avait le chic, elle aussi,  pour clore le débat et noyer le poisson en orientant de nouveau la conversation sur le sujet qui l’intéressait, “je te l’ai dit, Gadys”: FANNY* vivait dans son monde. Un univers poétique bien à elle.  Des questions, elle s’en posait, ça oui. Et beaucoup, mais qui n’avaient rien à voir avec son passé.  A  l’instar de cette Lullaby à laquelle elle s’identifiait, FANNY * s’interrogeait surtout  sur la vie… Elle cherchait des réponses, mais  tout ce qu’elle trouvait, c’était des nouvelles questions…  Quant au secret qu’elle portait en elle, il semblait tourner autour de la personne chez laquelle elle vivait –bien sûr que FANNY* n’a pas grandi qu’au sirop de la rue! (Là, Leïla avait un peu haussé le ton en levant les yeux au ciel. Puis elle s’était tue, mais juste le temps de retrouver le fil)…  “Une tante”, croyait-elle se souvenir. Une tante souvent absente que Leïla n’a jamais vue. Et cela était toujours resté mystérieux, pour elle, Leïla qui ressentait le secret de FANNY* comme une grosse épine planté dans le coeur de son amie.

Comme les deux filles s’apprêtaient maintenant à rentrer dans le premier café D’ici et d’ailleurs qu’on trouve après les dunes quand on revient de la plage, Leila a dû dire à Gladys un truc comme quoi elle allait relire Lullaby. Mais Gladys n’a pas bien  entendu, parce que c’est précisément à ce moment-là  que son Smartphone s’est remis à vibrer dans son sac. Aussi cette fois, elle avait décidé de répondre.

SOlène, extrait de SOUVIENS-TOI D’OUBLIER (roman en ligne) *

(Tous droits réservés)

L'équipe du MDS sur FB vous souhaite un bon week-end. Merci de votre fidélité, à bientôt!!
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WHAT ELSE?

 Un matin du mois d’Octobre, Lullaby décide de ne plus aller en cours. Elle écrit à son père, glisse dans un sac quelques objets et, empruntant le chemin des contrebandiers, part en direction de la plage. Un petit garçon qui revient de la pêche, une jolie maison grecque, mais surtout le soleil et la mer remplissent ses journées d’ivresse et de liberté. Un jour, pourtant, il faut revenir à l’école. Qui donc voudra croire à son étrange voyage ? Une rêverie adolescente lumineuse et poétique, une héroïne en quête de liberté

(Quatrième de couverture de Lullaby)

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Retrouvez l’immense talent de J-M G LE CLEZIO, auteur contemporain majeur… 

EXTRAIT: Le jour où Lullaby décide qu’elle n’irait plus à l’école, c’était encore très tôt le matin, vers le milieu du mois d’octobre. Elle quitta son lit, elle traversa pieds nus sa chambre et elle écarta un peu les lames des stores pour regarder dehors. Il y avait beaucoup de soleil, et en se penchant un peu, elle put voir un morceau de ciel bleu. En bas, sur le trottoir, trois ou quatre pigeons sautillaient, leurs plumes ébouriffées par le vent. Au dessus des toits des voitures arrêtées, la mer était bleu sombre, et il y avait un voilier blanc qui avançait difficilement. Lullaby regarda tout cela, et elle se sentit soulagée d’avoir décidé de ne plus aller à l’école…

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4 commentaires sur « LULLABY »

  1. Je retrouve avec un immense plaisir, les périgrinations de Fanny, Leïla et Gladys. Périgrinations mais pas seulement… Leurs doutes, interrogations, souvenirs, pensées
    Merci ma Solène 😉 ❤

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