LE CHAMEAU SAUVAGE


Drôle de temps! A se préparer un thé de Noël et de le déguster en écoutant Tom Waits devant une flambée. Parce qu’il n’y a rien de trop, en plus.  Qui dirait que nous sommes à J-5 de l’été, hein?… Enfin bref, c’est un café que, finalement, je suis en train de boire comme ça, vautrée sur le canapé, les yeux perdus dans le gris du ciel et les gouttes de pluie sur les vitres de la fenêtre. Mon smartphone est là, pas loin, sur la table basse… Il suffirait de tendre la main pour me connecter au monde, mais je n’ai pas envie. Je sais d’avance ce que je vais voir défiler sur le fil d’actualité Facebook en cette triste fin d’après-midi de juin. Les manifs de la CGT, le couple de fonctionnaires de police sauvagement assassinés par un islamiste,  les visages et les noms des victimes de la tuerie d’Orlando tout ça…  Et pour couronner le tout, ce soir, à la TV c’est foot –Euro 2016 oblige! Bah, j’m’en fous, j’vais lire. Ou plutôt relire “Le chameau sauvage” de Jaenada. Pourquoi ce livre-là après “Les nourritures terrestres” et “Ainsi parlait Z… “? Parce que.  Parce que quoi? Parce que je ne lis pas que Gide et Nietzsche, d’abord. Et parce que j’adore Jaenada qui n’a pas son pareil pour dire le malaise existentiel contemporain. J’adore ses digressions désopilantes dont il a le secret, ses parenthèses ( doubles parenthèses, et même  triples parenthèses) qui font qu’il est unique en son genre avec une verve jubilatoire et un style qui reste fluide par dessus tout  -Faut le faire! La classe, moi j’dis! Et qu’est-ce que ça fait du bien de lire un roman de Philippe Jaenada ! Oui mais “Le chameau sauvage” qu’est-ce qu’il vient faire dans tout ça? Eh bien, c’est la méthode adoptée par Halvard Sanz, le narrateur de cette histoire “hors norme” (voire totalement déjantée), pour affronter la vie en toute sérénité. Et quand à votre tour, vous en connaitrez le principe, vous verrez que vous n’aurez plus du tout la même vision de  la vie.

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Un jour, ce n’est rien mais je le raconte tout de même, un jour d’hiver je me suis mis en tête de réparer le radiateur de ma salle de bains, un appareil à résistances fixé au-dessus de la porte. Il faisait froid et le radiateur ne fonctionnait plus (ces précisions peuvent paraître superflues : en effet, si le radiateur avait parfaitement fonctionné, un jour de grande chaleur, je ne me serais sans doute pas mis en tête de le réparer – je souligne simplement pour que l’on comprenne bien que ce premier dérapage vers le gouffre épouvantable n’était pas un effet de ma propre volonté, mais de celle, plus vague et pernicieuse, d’éléments extérieurs comme le climat parisien ou l’électroménager moderne : je ne suis pour rien dans le déclenchement de ce cauchemar). Dans le domaine de la réparation électrique, et d’ailleurs de la réparation en général, j’étais juste capable de remettre une prise débranchée dans les trous. Pas de prise à ce radiateur, évidemment. Mais je ne sais pas ce qui m’est passé sous le crâne ce jour-là, je me suis cru l’un de ces magiciens de la vie pour qui tout est facile (il faut dire que jamais encore je n’avais été confronté à de réels obstacles, ni dettes faramineuses, ni chagrins d’amour, ni maladies graves, ni problèmes d’honneur avec la pègre, ni pannes de radiateur, rien, peut-être un ongle cassé – alors naturellement, j’étais naïf).

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“Halvard Sanz est un gentil garcon. Signe particulier: doué pour les catastrophes en série. Il y a des gens qui n’ont pas de chance, mais qui, genoux à terre, toujours se relèvent. Halvard est de ceux-là. Quête initiatique, roman picaresque, amour allégorique, loufoques aventures servies par une verve intarissable…”… Le chameau sauvage (premier roman de Philippe Jaenada) a été recompensé par le Prix de Flore 1997, et adapté au cinéma sous le titre A+ Pollux (avec Gad Elmalech et Cécile de France)

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« Les semaines suivantes n’ont pas compté pour moi. Je me sentais vide mais lourd, inutile, je n’avançais plus dans le temps. J’étais l’une de ces bouteilles de jus de fruits qui sont exposées dans les cafés, en hauteur, depuis le premier jour d’ouverture : décolorées, fadasses et translucides, avec toute la pulpe et la couleur déposées au fond en une mélasse dégoûtante. J’étais monté m’exposer là-haut tout seul, et plus personne n’aurait l’idée de me consommer. »

Des passages vraiment très beaux, je trouve quant à l’histoire d’amour entre Halvard et Pollux Lesiak, qu’ils racontent…  (ça m’a rappelé un peu 37°2 dans l’écriture, même si bien sûr l’histoire est totalement différente) En tout cas, autant j’ai ri  dans la première partie (Hannibal  le fils de caid de Marseille au café russe, “Le charme slave” et tout ce qui s’en suit! Puis l’ascenseur, la façon de chuter, le vermouth… etc! On se demande où il va chercher tout ça) autant je me suis senti touchée dans mon coeur de midinette par la candeur et la force des sentiments qu’ Halvard porte à Pollux L.

Bon, même si je préfère le Philippe Jaenada de maintenant (en pleine force de l’âge, comme dirait l’autre) avec des romans de la veine de “La petite femelle” et “Sulak”, je n’ai pas été déçue par ses oeuvres de jeunesse (achetées en poche). Fan j’étais, fan je suis… et fan je resterai. Car il n’y en a pas deux comme lui, voila, c’est dit.

SOlène

QUOI DE NEUF TODAY?

Roman sans titre (en cours d’écriture)*

WHAT ELSE?

 Au fil des mes lectures et coups de coeur littéraires…*

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