Message in the bottle


Je marche éternellement sur ces rivages entre le sable et l’écume. Le flux de la marée effacera l’emprunte de mes pas, et le vent emportera l’écume. Mais la mer et le rivage demeureront éternellement

Khalil Gibran, Le sable et l’écume

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 Just a castaway an islan lost at sea (rien qu’un naufragé, une île perdue en mer)… J’écoutais Sting, écouteurs sur les oreilles. Another Lonely day, no one here but me (encore un jour solitaire sans personne ici à part moi)… j’ai renversé la tête en arrière en même temps que j’enfonçais mes orteils dans le sable chaud mouillé. J’aime bien avaler le soleil par goulée, et sentir la vague me lécher les piedsMore loneliness than any man could bear (plus de solitude qu’aucun homme ne pourrait supporter)…

Aujourd’hui il a fait un temps magnifique avec du grand ciel bleu lumineux dès le matin. Pas un nuage ni le moindre souffle de vent. J’ai regardé Mina, je trouvais ça chouette qu’elle soit venue pour le week-end et partage ce moment-là avec moi. Je la regardais en biais en me demandant si je pouvais lui parler de ce message que j’ai envoyé à Matt, hier soir.  Elle me souriait et son sourire lui faisait des yeux de chatte. Je me suis dit qu’avec les cernes que j’avais sous les miens, à côté d’elle je devais ressembler à un panda. Et puis surtout, je ne sentais pas trop le truc : « Ce mail est une bouteille à la mer, ce serait étonnant que Matt prenne la peine de peine de le lire », j’ai pensé. Pas croyaaaaable même, à voir le regard médusé de Mina (aurait-elle lu dans mes pensées ?) lorsque  cherchant des coques, elle a vu émerger d’une rigole d’eau de mer des drôles de doigts de pied avec des orteils osseux, bosselés, aux ongles jaunes tout tordus, et l’ourlet défait d’une robe de chambre orange qui pendouillait sur les chevilles maigres et poilues de grand-mère. Le sourire de Mina s’était effacé aussi sec pour faire place nette à une grimace d’étonnement.

–      Zita ?! Mais qu’est-ce que vous faites là ?!

Grand-mère nous faisait face en tournant le dos à la mer, une étrange expression sur son visage buriné encore plus ridé que d’habitude.

–      Les histoires d’amour finissent mal, mon général.

J’ai toussoté pour faire comprendre à Mina qu’elle ne tirerait rien d’autre de grand-mère qui la regardait d’un air apeuré en secouant la tête. J’ai eu un pincement au cœur. Rescue me before, I fall into despair (sauvez moi avant que je sombre dans le désespoir)… Puis au moment où Mina passait sa main sur la joue de grand-mère (« Tout va bien, Zita. Nous sommes là, Lally et moi »), j’ai vu le visage de grand-mère s’éclairer. Elle a ouvert la bouche, « Ferdinand » et l’a refermée sitôt ce prénom prononcé. On aurait dit un poisson hors de l’eau.

Moi qui a toujours connu grand-mère fan des Rita Mitsuko, je n’avais en revanche jamais entendu parler de ce « Ferdinand » jusqu’à ce qu’Alzheimer lui fasse oublier papy Louis qui est mort depuis à peine trois ans, alors que – si bien compris, lui, Ferdinand n’est jamais revenu de déportation. Mais c’est pourtant là, sur cette plage de l’île qu’elle vient tous les jours que Dieu fait et par tous les temps dans sa robe de chambre orange, guettant l’horizon des heures durant, en cas où ce Ferdinand débarquerait avec les américains.

Du grand n’importe quoi, parfois, je sais bien. Mais c’est ma grand-mère et elle n’a pas toujours été comme ça. Avant c’était la seule personne au monde à laquelle je disais tout. Et qui me comprenait. Encore aujourd’hui, d’ailleurs, j’me suis demandé…

-Les histoires d’amour finissent mal, mon général.

I should have I know this rigth from the start (j’aurais dû savoir depuis le début que ça se passerait ainsi)… Only hope can keep me together (seul l’espoir peut me permettre de rester lucide)…

– Qu’est-ce que tu écoutes ? m’a demandé Mina en rentrant bredouille de la pêche, avec juste grand-mère qu’elle tenait par le bras.

Je lui ai passé mes écouteurs : love can mend your life, but love can break your heart (l’amour peut réparer ta vie, mais l’amour peut détruire ton cœur)…

Et c’est là que Mina s’est mise à chanter tout fort le refrain qu’elle connaît par cœur :

Walked out this morning dont’ believe what I show (je marchais en plein air ce matin-là, je n’en crus ma mes yeux). A hundred bellion bottles washed up on the shore (cent milliards de bouteilles furent repoussées sur le rivage par la mer). Seens I’m not alone in bein alone (il semblerait que je ne sois pas le seul à être seul)… A hundred billion castaways looking for a home (cent milliards de naufragés recherchant un chez soi)… Sending out an SOS (envoyant un SOS…)

Nous on était trois sur la même longueur d’ondes, avec grand-mère éblouie de bonheur en apercevant au milieu des roses trémières, sa petite maison blanche aux volets verts.

SOlène -Extrait de  « Bétail intime, journal d’une conne qui se soigne » , en cours de réécriture… il faut juste demander le mot de passe. 

(Tous droits réservés)

Du même auteur:

Le T-shirt blanc, Meetoc réel*

(Vous pouvez cliquer, ce sont des liens*)

 

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7 commentaires sur « Message in the bottle »

  1. et là, c’est le numéro cinquante douze ?

    en tout cas, c’est un chouette genre littéraire, entrelacs de chanson connue, de bribes de sentiments, de dits et de non-dits, de mémoires d’enfances qui réapparaissent sous les coquillages…

  2. Comme un fou va jeter à la mer
    Des bouteilles vides et puis espère
    Qu’on pourra lire à travers
    S.O.S. écrit avec de l’air
    Pour te dire que je me sens seul
    Je dessine à l’encre vide
    Un désert

    Et je cours
    Je me raccroche à la vie
    Je me saoule avec le bruit
    Des corps qui m’entourent
    Comme des lianes nouées de tresses
    Sans comprendre la détresse
    Des mots que j’envoie

    Difficile d’appeler au secours
    Quand tant de drames nous oppressent
    Et les larmes nouées de stress
    Etouffent un peu plus les cris d’amour
    De ceux qui sont dans la faiblesse
    Et dans un dernier espoir
    Disparaissent

    Et je cours
    Je me raccroche à la vie
    Je me saoule avec le bruit
    Des corps qui m’entourent
    Comme des lianes nouées de tresses
    Sans comprendre la détresse
    Des mots que j’envoie

    [Refrain]
    Tous les cris les S.O.S.
    Partent dans les airs
    Dans l’eau laissent une trace
    Dont les écumes font la beauté
    Pris dans leur vaisseau de verre
    Les messages luttent
    Mais les vagues les ramènent
    En pierres d’étoiles sur les rochers

    Et j’ai ramassé les bouts de verre
    J’ai recollé tous les morceaux
    Tout était clair comme de l’eau
    Contre le passé y a rien à faire
    Il faudrait changer les héros
    Dans un monde où le plus beau
    Reste à faire

    Et je cours
    Je me raccroche à la vie
    Je me saoule avec le bruit
    Des corps qui m’entourent
    Comme des lianes nouées de tresses
    Sans comprendre la détresse
    Des mots que j’envoie

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