Les histoires d’amour finissent mal


Et donc le mot de la fin, je le laisse à mère-grand : « les histoires d’amour finissent mal, mon général ». Car ma pauvre mamie qui ne sait plus trop où elle habite, n’a eu de cesse de l’entrée (des crevettes grises pêchées du matin par le voisin) jusqu’au dessert (la surprise du chef), d’appeler Aymeric, « mon général ». Et alors qu’un GPS, ça ne serait pas du luxe pour localiser sa propre cuisine, elle a quand même assuré –je trouve : pas de Moët (et Chambon), certes ! Mais des mouettes aussi rieuses qu’elle et un bon vin de sable de sa cave pour arroser les fraises Tagada qu’elle nous a servies en guise de dessert dans un saladier ébréché, dégotté à la dernière minute tout en haut de son vieux buffet poussiéreux. Aussi j’ai vu qu’Aymeric se mordait les lèvres pour ne pas rire. « Mouais ben, c’est ça, moque toi ! », j’ai pensé. N’empêche qu’elle a raison, ma grand-mère : « les histoires d’amour finissent mal »… Alors des fois, il vaut mieux qu’un flirt reste un flirt…

chaperon_rouge

Le petit chaperon rouge le remake…

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Promenons-nous dans les bois!*

(Texte original écrit en live sur le blablablog)

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Dimanche 6 juin

 

Voilà, c’est l’heure. L’heure où mes doigts pleins de phéromones se lancent sur le clavier de l’ordi –Coucou journal ! C’est pas juste, j’te le dis d’emblée! Deux fois de suite que ça tombe sur bibi, que c’est moi qui suis chargée par Violette d’aller voir mère-grand au Bois plage. Et comme par hasard, le temps ne s’y prêtant pas, impossible de m’y rendre à bicyclette, aujourd’hui ! Mais j’me voyais pas, non plus, prendre le car devant  la gare SNCF, avec au bras ce ridicule panier de pique-nique contenant la blanquette de veau que Violette avait préparée pour sa mère. Ben non, parce que j’aurais eu l’air fin comme ça, dans le flot de voyageurs descendus du TGV Paris-La Rochelle, trainant derrière eux des valises à roulettes qui, elles, trouveraient leur place dans la soute à bagages du car. Tandis que mon panier, j’étais condamnée à le garder sur les genoux jusqu’au Bois ! J’ai préféré demander à Aymeric de m’accompagner sur l’île en voiture.

D’où cette soit disant « vieille peur  du loup » qui a refait surface.

Elles se paient ma tête, là, les louloutes, Mina et Coco ! Comme quand on était ado, et qu’dans les venelles du village le soir, je trouillais même de mon ombre.

 (Qu’elles aillent s’y promener au bois, si ça leur chante, j’pensais, « pendant que le loup y’est pas ». Chantera bien qui chantera la dernière! Mère-grand les a prévenues : « attention, les foufounettes, à trop parler du loup, un jour, on en voit la queue ! »)

Jusqu’à nos mères, Violette, Catherine et Evelyne qui disaient de nous  qu’on était « capables du meilleur comme du pire,  mais qu’dans le pire, on restait encore les meilleures! ».

Mouais… enfin moi, j’étais plutôt triple championne du saut d’obstacles et des blems  du genre. Sauf que now, pas question de passer à un autre sujet! Au contraire, j’ai une revanche à prendre. Du coup, plus qu’à foncer bille en tête! Hé, qu’est-ce que vous croyez les filles ?!

Je comprends, maintenant, pourquoi lors de nos soirées pyjamas, vous m’avez  si souvent mis la pression psychologique: « mais toi, Lally qui n’a encore jamais vu le loup, tu pourrais nous en parler de cette peur du mâle ? ».

Eh oui, journal, c’est bien de cette trouille-là dont on causait entre nous, et non de la peur-panique des loupiots loupiotes « hantés des légendes et des contes » où passe l’ombre du grand méchant loup.

Bon déjà une  première fois, entre la pizza aux fruits de mer et le Tiramisu, y’a bien fallu leur expliquer aux « foufounettes » que, ce qu’elles appelaient poétiquement ma « toile d’araignée », je ne vivais pas cela aussi mal qu’elles le pensaient, parce que à dix-sept ans et des poussières, ce n’était pas encore la cata! La preuve, même leurs mères, Catherine et Evelyne, qui avaient bien plus d’heures de vol que moi, il leur restait encore de belles années devant elles pour s’envoyer en l’air avec leurs copains de passage, et grimper aux rideaux comme il leur plairait, avant que ne sonne le glas de la ménopause et de la sècheresse vaginale.

 Rien à faire, ce soir-là, à l’heure du  kawa, Mina et Coco semblaient s’être liguées contre moi, en s’acharnant sur mon cas: « m’enfin, Lally, reconnais que ton passage chez les bonnes-sœurs, ça ne t’a pas aidé à être à l’aise avec ton corps »…

 (Mais c’était alors à un point que le mot « dysmorphophobie » a été lâché par l’une d’elles. Euh… étymologiquement, il me semble que ça vient du grec… se voir différente de ce qu’on est)

 Pff, moi je me marrais au fond, parce que je savais pertinemment que « la toile d’araignée au grenier » n’avait aucun rapport avec une quelconque « peur du loup », puisque c’est  de cela, qu’elle voulait me faire accoucher sans péridurale.  Sauf que c’est le truc tout à fait comme le Bubble gum ou le Malabar, ça  te colle aux All-Star-puent-des-pieds, et ça t’englue jusqu’à la racine des cheveux encore longtemps après ton dépucelage maison en bonne et due forme. Bref, tout juste si ce n’était pas aussi craignos que cette vieille histoire d’inceste qui se racontait à voix basses au fond d’un rade un peu crade du 9-3, où même les lascars du quartier n’entraient pas.  Du coup, j’ai fait une de ces superbes « esquives » dont j’ai le secret (et Marivaux n’a même pas eu à y mettre son grain de sel).Direct, j’ai replacé mes cops au centre du débat.

 Ben oui, quoi, ce sont leurs histoires à elles qui me faisaient flipper à l’époque. Car, il faut bien le dire au passage, Coco et Chouchou, si tu leur avais appuyé sur le nez, il en serait encore sorti de la Blédina. Ouais ben, n’empêche qu’ils n’avaient pas perdu de temps dans les dunes, un soir de 15 aout, après la retraite aux flambeaux !!! Et Mina quant à elle, je la voyais frimer à la fête foraine avec une bête de beau gosse que le chichon avait transformé en légumes…

 La fin de notre enfance, c’est ça que je me prenais en pleine poire, cet été là.  Eh ben tu me diras tout ce que tu voudras, en tout cas moi, ça me donnait trop pas la patate pour aller au devant du loup! En plus, j’avais déjà trop bien compris ça : au début, le mec, il t’aime trop parce qu’il a envie de te sauter. Puis dès que tu cèdes, il te calcule même plus, ou carrément, il te jette comme un kleenex sale, pour passer à la suivante. Voilà pourquoi je ne voulais pas briser quelque chose en moi, en allant me jeter à corps perdu dans la gueule du loup !

 Ah ça, je n’échappais pas à la question relou « alors, Lally, les zamours? », qui me foutait l’achuma, tellement que c’était le désert de Gobi de ce côté ci de my life.

 Franchement, les filles, aujourd’hui, quand j’y repense, j’me demande si vous réfléchissiez dans ce temps là ?! Pour moi, ce n’était déjà pas gagné d’avance de trouver un namour singulier, alors des zamours au pluriel …

 (Et vlan passez-moi la Spontex !)

 

Toujours est-il que de ma journée sur l’île avec Aymeric, je ne leur ai rien lâché, aux filles. Je les connais Mina et Coco, avec leur technique semblable à celle des flics pour faire parler le (la) suspect (e), genre elles ont plaisanté sur Skipe, histoire de détendre l’atmosphère et me mettre en confiance, en même temps qu’elle prêchait le faux pour savoir le vrai. Et puis, comme je restais muette –du moins sur la question (THE question) qui les intéressait, elles sont passées à la phase plus musclée de cette stratégie policière bien connue (« Tu nous dis qui est dans le coup, et on te fout la paix ») :

-Tu as couché avec lui ? (Mina)

-Alors vous êtes ensemble, ou pas ?      (Coco)

A la longue, ça fatigue un interrogatoire de copines. Allez hop, on change de disque –hein les filles ?!

Et donc le mot de la fin, je le laisse à mère-grand : « les histoires d’amour finissent mal, mon général ». Car ma pauvre mamie qui ne sait plus trop où elle habite, n’a eu de cesse de l’entrée (des crevettes grises pêchées du matin par le voisin) jusqu’au dessert (la surprise du chef), d’appeler Aymeric, « mon général ». Et alors qu’un GPS, ça ne serait pas du luxe pour localiser sa propre cuisine, elle a quand même assuré –je trouve : pas de Moët (et Chambon), certes ! Mais des mouettes aussi rieuses qu’elle et un bon vin de sable de sa cave pour arroser les fraises Tagada qu’elle nous a servies en guise de dessert dans un saladier ébréché, dégotté à la dernière minute tout en haut de son vieux buffet poussiéreux. Aussi j’ai vu qu’Aymeric se mordait les lèvres pour ne pas rire. « Mouais ben, c’est ça, moque toi ! », j’ai pensé. N’empêche qu’elle a raison, ma grand-mère : « les histoires d’amour finissent mal »… Alors des fois, il vaut mieux qu’un flirt reste un flirt.  Et c’est ce que je lui ai dit, un peu plus tard à Aymeric, dans le petit bois de Trousse chemise où on était parti se promener après le déjeuner, laissant la vaisselle à l’aide ménagère  qui est arrivée juste au moment où on s’en allait. « Je ne voudrais pas me laisser embarquer dans un truc que je ne maitrise pas, et ne plus pouvoir revenir en arrière –tu comprends ? ».

Non, Aymeric ne comprenait pas. Moi non plus, d’ailleurs ! Je ne comprenais pas ce que je faisais avec lui, sur l’île, à ravaler mes larmes tandis que je repoussais ses mains baladeuses, parce que c’est à Matt que je pensais pendant ce temps-là…

SOlène -Extrait de « Bétail intime, journal d’une conne qui se soigne » ( à paraitre!)

(Tous droits réservés)

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Silver night…

WHAT ELSE?
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Le phare des baleines…

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9 commentaires sur « Les histoires d’amour finissent mal »

  1. tout de même, Solène, si je me régale à te lire dans cette façon d’écrire que tu as, ici, ce chapitre 41 est un peu touffus : tu passes du dialogue avec les copines à la rencontre avec Aymeric, en des aller-retour qui me semblent un peu rapide…
    alors, je me souviens de l’invite de l’orage ou la flute : accrochez-vous…

    Peut-être que de choisir systématiquement les italiques pour les échanges avec les copines, cela rendrait plus facile de situer chaque paragraphe?…

  2. aïe aïe ma fille ! eh ben j’ai pô fini ! mais merci Philippe, tu as toujours été un bon lecteur, mon meilleur conseilleur et mon correcteur, alors plus qu’à…
    mais pff, que c’est dur dur cette fois, l’accouchement !!

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