Lettre à SOlène


Le souvenir c’est la présence dans l’absence, c’est la parole dans le silence,

le retour sans fin d’un bonheur passé, auquel le coeur donne l’immortalité.

Lacordaire

Petite précision au passage: ces mots, ils ne sont pas de moi, mais de Louis Ferdinand. Il me les prête parce qu’il en a marre de ramener sa fraise à tout bout de champ.

(…)

Mais ce n’est  pas de ça que je voulais vous causer,  car depuis que j’ai mis le nez dans  “L’enfer des anges”, je suis dans un état de nostalgie grave avancé – qui l’eût cru, patate crue?!

Je n’aurais pas dû allumer cette menthol, comme quand j’avais quinze ans – Acacias, Lilas, pré… elle est pas belle la vie? Coca cola, Hollywood chewing-gum, mes madeleines de Proust à  moi. Les racines, ça pousse plus profond que le béton

Solène Vosse – Extrait de L’orage ou la flûte*,  page 74

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Ma Solène, les mots, elle les kidnappe mais avec elle pas besoin de rançon car elle les relâche toujours… Elle les apprivoise, elle les dompte comme des chevaux sauvages dans un corral. Ainsi apprivoisés, les mots prennent tout leur sens. Elle les rend meilleurs, plus vivants, plus profonds. Ils libèrent une idée, une réalité. Un chemin s’ouvre devant nous et nous entraîne vers un texte émouvant.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des personnes qui font des rapts sans violence, sans brutalité? Solène nous entraîne avec elle comme des montagnards encordés à la découverte de ses textes. Et si elle nous bouscule le cerveau et le coeur c’est toujours avec douceur. On en ressort marqué comme le bétail mais sans douleur, heureux et libre…

Merci ma Solène, mon amie Solène

André, alias Pitou

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Je me souviens avoir déjà ressenti ça dans l’odeur du lilas, un certain matin de printemps…

VINCENT : Les lilas s’en vont déjà !

JOHANNE : Je me demande pourquoi ils ne durent pas plus longtemps ?

VINCENT : Tout ce qui est beau est éphémère.

Le temps des lilas, Marcel Dubé

Miracle Morning


« On se souvient pas des jours, on se souvient des instants. » Cesare Pavese

Mardi 16 mai 2016

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A l’instant….

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Quel délice ce ciel de mi mai aux couleurs pastel! Ces nuages de barbe à papa dans le bleu clair, infini et lumineux comme les idées qui jaillissent soudain de mon esprit… Je me souviens avoir déjà ressenti ça dans l’odeur du lilas, un certain matin de printemps… Le lilas qu’on aurait dit juste là pour contrer  le glauque d’une histoire avec un garçon qui…

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Bah, c’est déjà loin, et ça ne sert à rien de faire revenir ces choses-là.  Aussi  je me souviens surtout de ce moment où je me suis sentie si bien, juste parce qu’il faisait beau, et je venais de décider que je m’en foutais de lui…  Ben oui, c’était un jour comme aujourd’hui avec  l’odeur du café dans l’air encore un peu frais, ce même  bruit que fait la cafetière quand elle est train de couler, et dehors, le concert des oiseaux heureux d’être sur terre dans l’instant présent…  Je me dis qu’ils ne se posent pas de questions, eux. Et cette réflexion toute bête pourrait bien me donner des ailes pour décoller du canap’.  Je ne suis qu’à quelques pas de mon bureau… à deux doigts d’entrer au paradis des mots qui remettent toujours tout en place. Je m’ordonne: lève toi! Assieds-toi! Allume l’ordi!… Ne me demandez pas comment mon mug “petite parisienne” est arrivé jusqu’ici… il est là posé devant l’écran, encore tout fumant de son breuvage noir et mousseux, que je boirai refroidi, comme d’habitude… Voilà je n’ai plus qu’à parler de cet instant exquis de silence et de solitude choisie, qui précède l’écriture dans la quiétude de la maison qui dort encore.

Quelques secondes… et ce bref instant où tout ça, pourtant bel et bien réel, devient surréel quand, soudain, j’entre corps et âme dans « Bétail intime, journal d’une conne qui se soigne »*

(Eh ben, je dis merci. Merci qui? Merci la vie!)

“S’occuper de soi, developer un projet personnel, s’adonner à la peinture ou à l’écriture… Le phénomène “lever tôt” gagne du terrain. A la clé énergie, créativité et réappropriation de son temps”
“S’occuper de soi, développer un projet personnel, s’adonner à la peinture ou à l’écriture… Le phénomène “lever tôt” gagne du terrain. A la clé énergie, créativité et réappropriation de son temps”

 

Et si à la clé du bien-être et du bonheur, c’était tout simplement ça: se lever plus tôt? C’est en tout cas la théorie développée par Had Herod, dans “Miracle Morning”. Et Psychologie consacre ce mois-ci un article sur le sujet: “se lever tôt pour être plus heureux”… Mais je n’ai pas attendu après Had Herod pour découvrir les vertus du lever aux aurores. Un moment de totale liberté pendant lequel je fais ce que je veux, et de  tranquillité absolue pendant lequel je suis sûre de ne pas être dérangée par le téléphone, ni quoi (ou qui ) que ce soit d’autre… Non seulement, c’est une question de clarté d’esprit, mais j’aime voir le jour se lever sur les toits… j’aime les couleurs particulières du petit matin, et cette atmosphère paisible qui enveloppe d’une brume légère le paysage encore endormi alentours… Il s’en dégage un mystère qui m’inspire.  Troisième jour que je ne vais pour ainsi dire pas sur Facebook (je tiens à rester concentrée), si ce ne n’est pour télécharger (via mon Smartphone, comme ça vite fait…)  une “ photo provisoire de profil” (ma fameuse tasse de café) et celle de couverture qui va avec: mon ciel du matin –histoire de vous souhaiter une belle journée, tout en partageant avec vous un moment de rêverie,  d’évasion…  une respiration, que sais-je encore…

Belle journée à toutes et à tous! Et “demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne”, peut-être serons toutes et tous levés de bonheur?

SOlène

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Et si c’était ça le bonheur, même pas un rêve, même pas une promesse, juste l’instant – Delphine Le Vigan, No et moi…

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Ce billet a déjà été publié il y a un an jour pour jour par Solène, actuellement tenue éloignée d’Internet pour des rasons personnelles (et, entre autres, de santé), mais elle sera bientôt de retour (au moins) sur son blog.

L’équipe du MDS*

COMME UN PEU DE SOLEIL DANS L’EAU FROIDE


Le soir vient, sans voix, sans rien.
Je reste là, me cherchant un désir, un plaisir ;
Et, vain, je n’ai qu’à m’étonner d’avoir eu à subir
Ma douleur, comme un peu de soleil dans l’eau froide.
Paul Eluard, Vivre ici….

Il savait qu’en amour il y en a toujours un qui finit par faire souffrir l’autre et que quelquefois, rarement, cette situation est réversible -Françoise Sagan., Comme un peu de soleil dans l’eau froide….

(Titre inspiré d(un vers du poème de Paul Eluard, Vivre ici)

 

«  La gare était noire de suie, assourdissante. Ce n’est que dans la voiture de Jean qu’il retrouva son Paris favori, paresseux et bleu dans la nuit, son Paris d’été. Et l’idée de tous les bonheurs qu’il avait connus dans ce Paris-là, pendant dix années, lui serrait le coeur comme s’ils eussent été à jamais perdus pour lui. Il avait peur, il se sentait de nouveau égaré, incapable.

Il eût tout donné pour être sur une prairie du Limousin, allongé à l’ombre de Nathalie. » p.106

Journaliste parisien affecté à la rubrique des affaires étrangères, Gilles Lantier, 35 ans, vit depuis deux ans avec Eloïse, mannequin dans une maison de couture.

Depuis 3 mois, sa vie ne lui suffit plus. En proie aux insomnies comme à l’ennui, il se confie à son ami Jean qui lui recommande un médecin.

Hélas, personne ne peut rien pour lui. Déprimé et en colère, Gilles décide de troquer la frénésie parisienne contre le calme du Limousin où réside sa soeur.

C’est là-bas, au coeur de cette campagne qui ne lui inspire pas grand optimisme, qu’il fera la connaissance de Nathalie, une femme mariée…

 » Il aimait leur histoire même si quelquefois il n’aimait pas leur vie commune. Il en arrivait à aimer ce garçon efflanqué et triste, misérable, qu’il avait tant souffert d’être, il aimait cette femme passionnée, folle, démesurée et si décente qui s’était éprise de lui. » p.224

Une passion amoureuse comme remède à une dépression… ???!!!

 

Dans ce style épuré et nonchalant qu’on lui connaît, et où, parfois un mot, soudain – un adjectif inattendu, un adverbe cocasse – suggère une douleur insoupçonnée.

 Encore une fois, Sagan excelle à parler d’amour, si simple dans les débuts et si amer lorsqu’il dévoile ses limites.

 » – Toi, tu aimerais un homme pourri ?

 

– On ne choisit pas qui on aime.

 

– Pour une femme cultivée, tu n’as pas peur des lieux communs, dit-il.

 

– J’ai très peur d’eux, dit-elle à voix basse, ils sont presque toujours vrais. » p.140